Vie de Mirabeau. Stern, vol. 1. p
AVIS AUX IIESSUIS 69
div-huitième siècle que les peuples du centre de l'Europe sont les satellites mercenaires d'un odieux despotisme! Quoi! ce sont ces valeureux Allemands, qui défendirent avec tant d'acharnement leur liberté contre les vainqueurs du monde, et bravèrent les armées romaines, qui, semblables aux vils Africains, sont vendus et courent verser leur sang dans la cause des tyrans! Ils souffrent qu'on fasse chez eux LE coMMEiicE DES hommes! qu'on dépeuple leurs villes, qu'on épuise leurs campagnes, pour aider d'insolents dominateurs à ravager un aulre hémisphère... Parlagerezvous longtemps encore le stupide aveuglement de vos maîtres?.,. Vous, respectables soldats! fidèles et redoutables soutiens de leur pouvoir! de ce pouvoir qui ne leur fut confié que pour proléger leurs sujets!... Vous êtes vendus!... Eh! pour quel usage! justes dieux!... Amoncelés comme des troupeaux dans des navires étrangers, vous parcourez les mers; vous volez à travers les écueils et les tempêtes, pour attaquer des peuples qui ne vous ont fait aucun mal; qui défendent la plus juste des causes; qui vous donnent le plus noble des exemples... Eh! que ne les imitez-vous, ces peuples courageux, au lieu de vous efforcer de les détruire! Ils brisent leurs fers; ils combattent pour maintenir leurs droits naturels, et garantir leur liberté; ils vous tendent les bras; ils sont vos frères; ils le sont doublement : la nature les fit tels, et des liens sociaux ont confirmé ces titres sacrés; plus de la moitié de ce peuple est composée de vos compatriotes, de vos amis, de vos parents. Ils ont fui la tyrannie aux extrémités du monde, et la tyrannie les y a poursuivis; dt'S oppresseurs, également avides et ingrats, leur ont forgé des fers, et les respectables Américains ont aiguisé ces fers, pour repousser leurs oppresseurs... Le Nouveau Monde va donc vous compter au nombre des monstres, affamés d'or et de sang, qui l'ont ravagé!... Allemands, dont la loyauté fut toujours le caractère dislinctif, ne frémissez-vous pas d'un tel reproche?... A ces motifs, faits pour toucher des hommes, faut-il joindre ceux d'un intérêt également pressant pour des esclaves et des citoyens libres?
Savez-vons 'Miellé nation vous allez attaquer? Savez-vous ce que peut le tanalisfne de la lib-rté? C'est le seul qui ne soit pas 0(li*^(ix; cest le seul respectable : mais c'est aussi le plus puissant de tous... Vous ne le savez pas, ô peuples aveugles! qui vous croyez libres, en rampant sous le plus odieux des d^spotismes : celui qui force au crime î Vous ne le savez pas, vous que le caprice ou la cupidité d'un despote peuvent armer contre des hommes qui mérileni de l'humanité entièr(% puisqu'ils défendent sa cause, et lui [(réparent un asilel... 0 guerriers mercenaires! ô satellites des tyransl ô Européens énervés! Vous allez cotiibaltre des hommes plus forts, plus industrieux, plus courageux, plus actifs que vous ne pouvez l'être. Un grand intérêt les anime: un vil lucre vous conduit; ils défendent leur propriété, et combattent pour leurs foyers: vous quittez les vôtres et ne combattez pas pour vous ; c'est au sein de leur pays; c'est dans leur climat natal; c'est aidé de toutes les ressources domestiques, qu'ils font la guerre C(»utre des bandes que I Océan a vomies, après avoir préparé leur défaite. Les motifs les plus puissants et les plus saints excitent leur valeur, et appellent la victoire sur leurs pas. Des chefs qui vous méprisent, en se servant de vous, opposeront de vaines harangues à l'éloquence irrésistible de la liberté, du besoin, de la nécessité. Enfin, et pour tout dire en un mot, la cause des Américains estjusle : le ciel et la terre réprouvent celle que vous ne rougissez pas de soutenir...
0 Allemands! qui donc a soufflé parmi vous celte soif de combattre, cette frénésie barbare, cet odieux dévouement à la tyrannie?... Non, je ne vous comparerai p;is à ces fanatiques espagnols, qui détruisaient pour détruire, qui se baignaient dans le sang, quand la nature épuisée forçait leur insatiable cupidité à faire place à une passion plus atroce. Des sentiments plus nobles, des erreurs plus excusables vous égarent. Cette fidélité pour vos chefs, qui distingua les Germains vos ancêtres; cette habitude d'obéir, sans calculer (ju'il est des devoirs plus sacrés que Tobéissance, et antérieurs à tous les serments; cette crédu-
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lilé qui fait suivre l'impulsion d'un petit nombre d'insensés ou d'atnhilieux ; voilà vos torts ; mais ils seront des crimes, si vous ne vous arrêtez au bord de Tabinif^. . \h\]i\ ceux de vos com|)airi(»les, qui vous ont précédés. rt*conuaissent leur aveuglement; ils désertent, et les bienfaits de ces peuples (ju'ils égorgeraient naguère, et qui les traiicni en frères, aujourd'hui qu'ils ne leur voient plus en main le glaive des !)0urreaux, aggravent leurs remords, et doublent leur repentir.
Profitez de leur exemple, 6 soldats! p»Misez à votre honneur; pensez à vos droits... N'en avez-vous donc pas comme vos chefs? Oui, sans doute: on ne ledit point assez; les hommes passent av;iut les princes, qui, pour la plupart, ne sont pas digues d'un tel nom. Laissez à d'inlàmes courtisans, à d'impies blasphémateurs, le soin d-' vanter la prérogative royale, et ses droits illimités; mais n'oubliez point qucTOis ne furent pas faits pour u\; qiTil est une auloi'ilé supérieure à toutes les autorités; que celui qui commande un crime ne doit point être obéi; et qu'ainsi votre conscience est le premier de vos chefs...
Inlerrogez-la cette conscience; elle vous dira que votre sang ne doit couler que pour votre patrie; <|ii'il est atroce de recevoir de l'argent pour aller égorger, à plusieurs milliers de lieues, des liommes qui n'ont d'autres relations avec vous <|ue celles qui doivent leur concilier votre bienveillance.
Elle prétend faire une guerre légitime, cette métropole qui s'épuise pour ruiner ses enfants! Elle réclame ses droits, et ne veut les discuter qu'avec la foudre des combats! Mais fussent-ils réels ces droits, les avez-vous examinés? Est-ce à vous à juger ce procès? Est ceà vous à prononcer l'arrêt? E>t-ce à vous à l'exécuter?... Eliî (ju'imporlent après tout ces vains litres, si problématiques et si contestés? L'tiomme, dans tous les pays du monde, a le droit d'être heureux Voilà la première des lois; voilà le premier des titres : des colonies ne vont point fertiliser des terres nouvelles, augmenter la gloire et la puissance de la mère patrie, pour eu être opprimées... Le sont-elles? elles ont
le droit de secouer le joug, parce que le joug n'est pas fait pour l'homme.
Mais, qui vous a dit que les Anglais avaient signé l'arrêt de proscription lancé contre les Américains?... Braves Allemands! On vous a trompés; n'avilissez pas par un tel soupçon une nation quia produit de grands hommes et do belles lois, qui nourrit longtemps dans son sein le feu sflcré de la liberté, et mérite, à ces titres, des égards et du respect...
Hélas! dans les Iles britanniques, comme dans le reste de l'univers, un petit nombre d'ambitieux agite le peuple, et produit les calamités publiques. Le moment de crise est arrivé. L'Angleterre n'est divisée, malheureuse, en guerre contre ses frères, que parce que le despotisme y lutte, depuis quelques années, avec avantage, contre la liberté. Ne croyez donc pas défendre la cause des Anglais, vous combattez pour l'accroissement de l'autorité de quelques ministres qu'ils abhorrent et méprisent.
Les voulez-vous connaître les véritables motifs qui vous mettent les armes à la main?
Un vain luxe, des dépenses méprisables ont ruiné \e> finances des princes qui vous gouvernent; leurs spoliations ont tari leurs ressources; ils ont trop souvent trompé l;i confiance de leurs voisins, pour y recourir encore. Il faudrait donc renoncer à ce faste excessif, à ces fantaisies sans cesse renaissantes, qui sont leur occupation la plus importante; ils ne peuvent s'y résoudre, ils ne le feront pas : l'Angleterre, épuisée d'hommes et d'argent, achète à grands frais de l'argent et des hommes. Vos princes saisissent avidement cette ressource momentanée et ruineuse; ils lèvent des soldats, ils les vendent, ils les livrent : voilà l'emploi de vos bras; voilà à quoi vous étiez destinés. Votre sang sera le prix de la corruption et le jouet de l'ambition. Cet argent qu'on vient d'acquérir en commerçant de vos vies, payera des dettes honteuses, ou aidera à en contracter de nouvelles. Un avide usurier, une méprisable courtisane, un vil histrion, vont recevoir ces guinées données en Achange de votre existence.