‹ Œuvres de MirabeauChapitre 83 sur 168 · LES '- BAISERS .., DE JEAN SECOND · texte numérisé non relu

LES '- BAISERS .., DE JEAN SECOND

Baiser P'.

La Moisson de Vénus, ou les Roses.

Vénus venait de transporter à Cythère Ascao:ne endornni : elle le place sur un lit de lendres violeltes; elle fait éclorc près de lui mille et mille roses blanches, et remplit tous les bosquets de parfums délicieux. Alors la Déesse se rappelle Adonis et ses anciennes amours : ce souvenir porte dans ses veines une ardeur qui lui est inconnue... 0 combien de fois elle voulut presser Ascagne dans ses bras!... Combien de fois elle dit : Tel était Adonis î...

Mais Vénus craint de troubler le sommeil paisible de ce jeune enfant; elle se contente de donner mille baisers aux roses qui l'entourent. Heureuses fleurs! aussitôt «lies sont embrasées, et les zépbirs caressent avec un doux murmure les lèvres de la voluptueuse Dionée : autant elle touche de roses, autant elle fait naître de baisers qui doublent son ardeur et ses plaisirs...

Soudain, Cypris fend les airs, traînée par des oignes éclatants de blancheur, et fait le tour du monde : comme un autre Triplolèmeja Déesse prépare de nouvelles moissons; elle sème des baisers sans nombre, et trois fois, fait entendre des sons jusqu'alors inconnus... Une heureuse

récolte s'élève sur la terre fécondée : soulagement précieux aux mortels blessés par l'amour, unique et délicieuse consolation de mes maux !...

Je vous salue, baisers voluptueux, nés des roses que carressa Cylhère. Je vous salue, tendres baisers qui adoucirent les peines d'un amour éternellement malheureux...

Me voici prêt à vous chanter : je consacrerai mes vers à votre gloire, aussi longtemps que la double Colline sera connue, aussi longtemps que l'éloquent Amour, protecteur d'Enée et de sa race chérie, parlera la langue harmonieuse des Romains.

Raiser II.

Les Ombres^ ou V Elysée.

Gomme la vigne unit amoureusement ses branches à l'ormeau voisin; comme le lierre embrasse de ses rameaux serpentants ce chêne majestueux : de même, ô ma Sophie ' \ enlace autour/de mon cou tes bras si beaux et si flexibles. Pour moi, je t'envelopperais, s'il était possible, d'une chaîne éternelle, en te donnant un baiser qui ne finirait jamais. Alors j'oublierais, et les bienfaits de Gérés, et les dons de l'aimable Bacchus, et les faveurs de Morphée... Rien ne pourrait me détacher de ta bouche vermeille. Mais la mort nous atteindrait au milieu de ces baisers mutuels; une seule barque porterait deux amants, au pâle séjour des ombres. Nous serions conduits à travers des campagnes odorantes, qui jouissent d'un éternel printemps, dans ces lieux où les héros trouvent avec leurs Maîtresses, les délices de leurs anciennes Amours. Tantôt ces couples tortunés se réunissent et forment des danses; tantôt ils chantent, tour

1. La maîtresse de Jean Second se nommait Nééra; mais je ne puis adresser qu'à Sophie de si douces invitations (N. de M.).

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à tour, leur tendresse dans des vallées remplies de myrthes, dont les branches couvrent d'une ombre tremblante les violettes, les roses et les narcisses dorés : un bois de lauriers, qu'agitent sans cesse, de leurs haleines, les tièdes zéphirs, couronne ces beaux lieux, où la terre féconde ouvre son sein, sans être déchirée par le soc. La troupe des heureux se lèverait en nous voyant, et nous placerait sur des gazons, au premier rang, parmi les Poëtes. Les amantes de Jupiter, Hélène sa tille, elle-même, nous céderaient sans peine cet honneur.

Baisek XL\.

Le parfum du Baiser

Diligentes abeilles, qu'allez-vous chercher sur le thym et sur les roses? Pourquoi cueillez-vous le nectar de la violette printanière, ou la fleur de l'aneth, qui embaume les campagues? Venez toutes sur les lèvres de ma iMaîtresse; c'est là que se trouvent les parfums de la rose et du thym, et le suc délicieux de la violette, et l'odeur suave de l'aneth, qui se répand au loin dans les airs. Les lèvres de Sophie, humectées des pleurs de Narcisse, sont teintes du sang odorant d'Adonis, de ce sang qui, mêlé des larmes de Vénus, de l'ambroisie céleste et du pur éther, fit éclore où il fut répandu, des fleurs de toutes couleurs... Mais n'allez pas m'interdire par une cruelle ingratitude, ce miel dont je vous indique la source ; laissez-moi le partager avec vous; car c'est mon bien... ne cherchez pas non plus à en remplir toutes les cellules. Que la bouche de ma Maîtresse ne soit pas desséchée par nos avides larcins... Je porterais alors la peine de mon indiscrétion; et j'imprimerais des baisers ardents sur des lèvres arides... Ah I surtout, n'appuyez pas vos aiguillons sur les lèvres délicates de mon amante... Ces yeux lancent des dards aussi perçants que les

vôtres... Abf^illes, croyez-moi, vous n'offeaseriez pas impunément Sophie. Geuillez donc sur sa bouche, doucement et sans la blesser, le miel qu'elle produit'.

1. Mirabeau écrivait à Sophie à propos de sa traduf'tion des Baisers : « A nsi, si l'on y trouve des choses trop ardentes, il faut s'en prendre au Poëte qui, tout Hollandais qu'il était, a écrit sous la rliclée dp l'A'nour, et dins l'idiome harmonieux des Latins; ce qui lui a donné plus de liberté et de génie. Tout le changement que l'y ai fait, a été de snbst tuer ton nom à celui de Néérn, sa maîl'-. sse, pa ce qu'il m eût été impossible l'adresser à une autre qu'à Sophi , des choses si tt'udres. M. Do at a imité en veis (juelques-iins de et s Baisers; m^iis '1 n'a pris que les idées qui l-i ont convenu; il a souvent mis sa manière (>h ! oui, c est bien le mot à la chaleur du modèle... En un mot, les Baisers de M. Dorât ne sont point du tout les Baises de J«an Second : et tu les auras. » [Lettres origma es, t. II, p. 327 et 328.

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