‹ Œuvres de MirabeauChapitre 82 sur 168 · LIVRE IV. — ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — ÉLÉGIE

Tibulle à son amie.

Jamais aucu&e autre femme ne sera reçue dans mes bras : ta jouissance est le lien indissoluble de nos amours et de nos serments : toi seule me plais; toi seule, entre toutes les femmes de Rome, me parais belle. Ah ! puisses-tu de même ne sembler belle qii*à moi! Déplais à tous les autres; alors je serai tranquille. Je ne veux point exciter l'envie ; loin de moi ce désir insensé ! cette gloire vulgaire ! Celui qui est sage jouit au sein du mystère. Puissé-je vivre avec toi, au fond des forêts les plus reculées, oij jamais on n'aperçut un vestige de l'homme. Tu serais le repos de mon àme inquiète, ma lumière au milieu des ténèbres, et FUnivers pour moi dans ma solitude... Alors, dût le ciel envoyer à Tibulle une autre amie, il renverrait en vain; Vénus elle-même y serait trompée... Oui, je te jure par la divinité redoutable de cette Junon que tu révères, et qu'ainsi

je regarde comme la première des Immortelles Que

fais-je, insensé 1 Hélas ! hélas ! je laisse reprendre mes gages. J'ai juré follement; à présent tu seras rigoureuse et cruelle ; tu me tourmenteras sans crainte et sans relâche. Voilà, voilà les maux que cause ma langue indiscrète; maintenant il ne faudra plus que t'obéir. Ah! oui, jii serai toujours à toi ; je reconnaîtrai toujours mon esclavage et Ion empire; mais, chargé de mes chaînes, j'embra&serai les autels de la divine Cypris; elle compte les torts des fières Beautés, et protège les cœurs soumis'.

Page 1