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Livre second

De la poésie en général : des causes physiques et morales de ses révolutions, et de la poésie épique en particulier. 1779.

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Nous publions les premières pages de ce manuscrit qui ont trait à la naissance de la poésie en Grèce*.

Le goût du chant est un de ces plaisirs que la nature a ménagés à l'homme pour le consoler de ses peines, le soulager dans ses travaux, et le soulager de l'ennui de luimême. Dans tous les temps et dans tous les climats, l'homme sensible au nombre et à la mélodie, a pris plaisir à chanter. Or, par un instinct naturel, tous les peuples et les sauvages même, chantent et dansent en mesure sur des mouvements réglés. Il a donc fallu que la parole appliquée au chant ait observé la cadence, soit par un nombre de syllabes égal au nombre des sons de l'air, et dont l'air décidait lui-même ou la vitesse ou la lenteur, (ce fut la poésie rythmique); soit par un nombre de temps égaux, résultant de la durée relative et correspondante des sons de l'air et des sons de la langue (c'est ce qu'on appelle la poésie métrique . Danslapremière, nulégard àlalongueur naturelle et absolue des syllabes; on les suppose toutes égales en durée, ou plutôt susceptibles d'une égale vitesse ou d'une égale lenteur. Telle est la poésie des sauvages, celle des orientaux, celle de tous les peuples de l'Europe moderne. Dans l'autre, nul égard au nombre des syllabes ; on les mesure au lieu de les compter ; et les temps donnés par leur durée décident de l'espace quelles peuvent remplir. Telle fut la poésie de Grecs et celle des Latins dont les Grecs furent les modèles.

Les Grecs doués d'une oreille sensible, juste et délicate, s'étaient aperçus que parmi les sons et les articulations de leur langue, il y en avait qui, naturellement plus lents ou plus rapides, suivaient aussi plus facilement l'impression de lenteur ou de rapidité que la musique leur donnait. Ils en firent le choix, ils trouvèrent des mots qui formaient eux-

1. Ce feuillet porte ea marge : 2* ctiap., 2* f^, 1^' c. Ce n'est pas le commencement du travail de Mirabeau, qui manque dans le manuscrit des affaires étraogères.

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mêmes des nombres analogues à ceux du chant, ils les divisèrent par classes, et en les combinant les uns avec les autres, ce fut à qui donnerait au vers la forme la plus agréable. La poésie épique, la poésie élégiaque, la poésie dramatique eut le sien; et chaque poète lyrique se distingua par une mesure analogue au chant qu'il s'était fait lui-même, et sur lequel il composait. Le vers d'Anacréon, celui de Saplio, celui d'Alcée. portent le nom de ces poètes.

Ainsi leur langue ayant acquis les mêmes nombres que la musique, il leur fut aisé, dans la suite, de modeler le mètre sur la phrase du chant, et dès lors l'art des vers et l'art du chaut, réglés, mesurés l'un sur l'autre, furent parlailemeiit d'accord. Il me paraît donc bien certain que chez les Grecs la poésie considérée comme un langage harmonieux, dut sa naissance à la musique, et reçut d'elle ses premières lois, la mesure et le mouvement. Qui jamais se fût avisé de mesurer les sons de la parole, sans le jdaisir qu'on éprouve en essayant de la chanter! Ce plaisir une fois senti, on fit un art de le produire; l'oreille s'habitua insensiblement à donner une valeur fixe et relative aux sons articulés, la langue retint les mouvements que la musiqu(î lui imprimait, et l'usage ayant confirmé les décisions de l'oreille, leurs lois formèrent un système de prosodie régulier et constant.

Qu'on prenne la marche opposée, comme on fait chez les Modernes, c'est-à-dire que l'on commence par la poésie, et que la musique ne vienne que longtemps après la plier aux règles du chant, elle n'y trouvera que des nombres épars, sans précision, sans symétrie, et tels que le hasard aura pu les former. La prosodie donnée par la musique fut donc le premier avantage de la poésie chez les Grecs. Mais que Ion s'imagine avec quelle lenteur, les Grecs, sans modèle et sans guide, essayant les sons de leur langue et en appréciant la valeur, durent combiner ce système qui prescrivait à la parole des temps fixes et réguliers. Quelle longue liabitudo, quelle ancienne alliance entre la poésie et la musique, un tel accord ne suppose-t-il pas! et combien ces deux arls

avaient dû s'exercer pour former la langue d'Homère!

Homère est sur les bornes les plus reculées de l'antiquité, comme est sur l'horizon une tour élevée au-delà de laquelle on ne voit plus rien, et qui semble toucher au ciel. On est tenté de croire qu'il a tout inventé, mais quand il n'avouerait pas lui-même que la poésie lyrique fleurissait avant lui, la seule prosodie de sa langue en serait la preuve évidente. Le chant fut le modèle des vers. La poésie lyrique fut donc la première inventée, et l'on sait combien dans les fêtes, dans les jeux solennels, à la table des rois de beaux vers chantés sur la lyre étaient applaudis et vantés.

Le caractère distinctif des Grecs, entre tous les peuples du monde, fut l'importance et le sérieux qu'ils attachaient à leurs plaisirs. Idolâtres de la beauté, de la volupté en tout genre, tout ce qui avait le don de charmer les sens était divin pour eux. Un sculpteur, un peintre, un poète les ravissait d'admiration; Homèreavaitdes temples. Une courtisane célèbre par la beauté de sa taille est enceinte, voilà un beau modèle perdu, le peuple est dans la désolation, on appelle Hippocrate pour la faire avorter, il la fait tomber, elle avorte, Athènes est dans la joie, le modèle de Vénus est sauvé 1 Phryné est accusée d'impiété devant Taréopage, Torateur la voit convaincue : il arrache son voile et dit aux vieillards : « Hé bien^ faites donc périr tant, de beautés ». Phryné est renvoyée.

Voilà le peuple chez qui les arts et la poésie ont dû naître.

Mais de ses organes, le plus sensible, le plus délicat, c'était l'oreille. Périclès demandait aux Dieux tous les matins, non pas les lumières de la sagesse, mais l'élégance du langage, et qu'il ne lui échappât aucune parole qui blessât les oreilles du peuple athénien.

Or, si telle fut la sensibilité des Grecs pour la simple mélodie de la parole, qu'elle faisait presque tout le charme, toute la force de l'éloquence, et que la philosophie ellemême employait plus de soins à bien dire qu'à bien penser, sûre de gagner les esprits si elle captivait les oreilles.

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quel doit être rasceiidant d'une poésie éloquente secondée par la musique, et d'une belle voix chantant des vers sublimes sur des accords harmonieux? Nous croyons entendre des fables, lorsqu'on nous dit que, chez les Grecs, une corde ajoutée à la lyre était une innovation politique, que les sages même en auguraient un changement dans les mœurs, une révolution dans l'État, que dans un plan de gouvernement et dans un système de lois, on examinait sérieusement si tel ou tel mode de musique y serait admis ou en serait exclu, et cependant rien n'est plus vrai, ni plus naturel chez un peuple qui était dominé par les sens. Un poète lyrique fut donc chez les Grecs un personnage recommandable : ces peuples révéraient en lui le pouvoir qu'il avait sur eux, et de la haute idée qu'ils en avaient conçue résultent naturellement les progrès que lit ce bel art.

C'est donc bien chez les Grecs que la poésie lyrique a dû naître, fleurir et servir de prélude à la poésie épique et dramatique, dont elle avait formé la langue, et si j'ose le dire, accordé l'instrument.

La poésie enfin peut se passer de chant, et son langage harmonieux lui suffit pour charmer l'oreille. Mais en quittant la lyre elle prit le pinceau, ce fut alors qu'elle dut sentir tous les avantages du climat (\m l'avait vu naître. Quel amas de beautés pour elle!

Dans le physique, une variété, une richesse inépuisables, les plus beaux sites, les plus grands phénomènes, les plus magnifiques tableaux des fleuves, des mers, des montagnes, d'antiques forêts, des vallons fertiles et délicieux, de's villes, des ports florissants, des états dont les arts les plus dignes de l'homme, l'agriculture et le commerce, faisaient la force et l'opulence, tout cela, «iis-je, comme rassemblé sous les yeux du poète.

Non loin de là, et comme en perspective, le contraste des fertiles champs de l'Egypte et de la Lybie, avec les vastes et brûlants déserts, peuplés de tigres et de lions, plus près le [magni] fique spectacle de vingt royaumes répandus sur les côtes de l'Asie Mineure. D'un [côté le] riant et superbe tableau des îles de la mer Egée, de l'autre les monts

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enflammés [du] détroit de Sicile, enfin tous les aspects de la nature, et l'abrégé de l'univers dans [ ] voyageur peut parcourir en moins d'un an : quel théâtre pour la poésie épique*!

Dans le moral, tout ce qu'un nombreux assemblage de colonies de diverse orig[ine im] plantées sous un même ciel, ayant cliacune ses dieux tutélaires, ses coutumes, ses [fon] dateurs et -es héros, pouvait offrir de curieux à peindre; à chaque j)as des mœurs nouvelles et souvent opposées, mais j»artout lin caractère décidé, voisin de la nature par son ingéniosité, par sa franchise et le relief des passions, des vertus et des vices, ici plus doux et plus sensible, là plus vigoureux et plus austère, ailleurs sauvage et même un peu féroce, mais naturel, simple, énergique, et facile k peindre à grands traits. L'influence des peuples dans l'administration, source de troubles pour un Etat et d'incidents pour un poème, le mélange des esclaves et des hommes libres, usage barbare et contre-nature, mais fécond en aventures pathétiques, l'exil volontaire après le crime, sorte d'expiation qui de tant de héros faisait d'illustres vagabonds, l'hospitalité, ce devoir si précieux à l'humanité et si favorable à la poésie, la piété envers les étrangers, le respect pour les suppliants, le caractère inviolable qu'imprimait h mort aux volontés dernières, la foi que Ton donnait aux songes, aux présages, aux prédictions des mourants, la force des serments, l'horreur attachée au parjure, la religieuse terreur qu'inspirait aux enfants la malédiction des pères et l'imprécation des malheureux à ceux qui les faisaient souffrir, dernières armes de la faiblesse, dernier frein de la violence, dernière ressource de l'innocence, qui dans son abattement même était par là redoutable aux mâchants; d'un autre côté les récompenses attachées à la gloire et à la vertu, les éloges de la pairie, des statues ou des tombeaux; enfin la vie modeste et retirée des femmes, cette décence austère, celte simplicité, cette pitié domestique, ces devoirs

■1. Feuillet déchiré sur huit lignes: les mots qui-n a tenté de rétablir sont entre ffuilleraets.

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ilépouse et de mère si religieusement remplis, et parmi res mœurs dominantes des singularités locales : dans la Tlirace, une ardeur, une audace guerrière qui relevait eacore l'éclat de la beauté; à Lacédémone, une fierté qui ne rougissait que de la faiblesse, une vertu sévère et mâle, une honnèteié sans pudeur; la chasteté Milésienne et la volupté de Lesbos: tous extrêmes que la poésie est si heureuse d'avoir à peindre, parce qu'elle y emploie les plus vives couleurs.

Dans le Génie, la liberté, qui élève lame des poètes comme celle des citoyens; l'esprit patriotique, sans cesse aiguillonné par la jalousie et la rivalité de vingt républiques voisines; l'ivresse, de la prospérité qui, en même temps (ju'elleôte la sagesse du conseil, donne l'audace de la pensée; la vanilé des Grecs qui avait prodigué rhéroïque et le merveilleux pour illustrer leur origine; leur imagination qui animait tout dans la nature, qui ennoblissait jusqu'aux détails les plus familiers de la vie; leur sensibilité qui leur faisait préférer à tout, le' plaisir d'être émus, et qui semblait aller sans cesse au-devant de l'illusion, en admettant sans répugnance tout ce qui la favorisait, en écartant toute réflexion qui en aurait détruit le charme; un peuple enfin dominé par ses sens, livré à leur séduction et passionnément amoureux de ses songes.

Dans les Connaissances humaines, ce mélange d'ombre et de lumière si favorable à la poésie, lorsqu'il se combine avec un génie inquiet et audacieux, parce qu'il met en activité les forces de l'àme et la curiosité de l'esprit; la physique et l'astronomie couvertes d'un voile mystérieux, et laissant imaginer aux hommes tout ce qu'ils voulaient, pour suppléer aux lois de la nature et à ses ressorts qu'ils ne connaissaient pas; une curiosité impuissante d'en connaître les phénomènes, source intarissable d'erreurs ingénieuses et poétiques; car Tiguorance fut toujours mère et nourrice de la fiction.

Dans les Arts, la manière de s'armer et de combattre de ces temps-là, où l'homme livré à lui-même se développait aux yeux du poète avec tant de noblesse, de grâce et de

fierté; la navigation plus périlleuse et par là plus intéressante, où le courage, au défautde lart, était sans cesse mis à répreuve des dangers les plus effrayants, où ce qui nous est devenu si familier par l'habitude était merveilleux par la nouveauté, où la mer que l'industrie humaine semble avoir aplanie et domptée, ne présentait aux yeux des matelots que des abimes et des écueils; le peu de progrès des mécaniques ; car l'homme n'est jamais plus intéressant et plus beau que lorsqu'il agit par lui-même; et ce que disait un Spartiate, en voyant paraître à Samos la première machine de guerre, c est fait de la valeur, on put le dire aussi de la poésie lyrique, quand Ihomme apprit à se passer d'être robuste et vigoureux.

Dans l'Histoire, une tradition mêlée de toutes les fables qu'elle avait pu recueillir en passant par l'imagination des peuples, et susceptible de tout le merveilleux que les poètes y voulaient répandre; le peu de connaissance qu'on avait alors du passé, leur laissant la liberté de peindre, sans jamais être démentis. Enfin une religion qui parlait aux yeux, et qui animait tout dans la nature dont les mystères étaient eux-mêmes des peintures délicieuses, dont les cérémonies étaient des fêtes décentes ou des spectacles majestueux; un dogme, où ce (ju'il y a de plus terrible, lamort et l'avenir, étaient embellis par les plus riantes peintures; en un mot, une religion poétique, puisque les poètes en étaient les oracles et peut-être les inventeurs; voilà ce qui environnait la poésie épique dans son berceau. Mais ce qui intéresse plus particulièrement la tragédie que la poésie épique, une foule de dieux, passionnés, injustes, violents, divisés entre eux et soumis à la destinée; des héros issus de ces dieux, servant leur haine et leur fureur, ou les intéressant eux-mêmes dans leurs querelles et leurs vengeances; les hommes esclaves de la fatalité, misérables jouets des passions des dieux et de leur volonté bizarre; des oracles obscurs, captieux et terribles; des expiations sanguinaires, des sacrifices de sang humain; des crimes avoués, commandés par" le ciel, un contraste éternel entre les lois de la nature et celles de la destinée, entre la morale

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et la relisfion; des malheureux placés comme dans un détroit, sur le bord de deux jirécipices, et n'ayant bien souvent (|ue le choix des remords: voilà sans doute le système religieux le plus épouvantable, mais, par là même, le plus poétique, le plus tragique qui fût jamais. L'Histoire^ ne Tétait pas moins.

La Grèce avait été peuplée, comme nous l'avons dit .lilleurs, par une foule de colonies dont chacune avait eu pour chef un aventurier courageux. La rivalité de ces fondateurs, dans des temps de férocité, avait produit des discordes sanglantes. La jalousie des peuples et leur vanité avaient grossi tous les traits de Thistoire de leur pays, soit en exagérant les crimes des ancêtres de leurs voisins, soit en rehaussant les vertus et les faits héroïques de leurspropres ancêtres. De là ce mélange d'horreurs et de vertus dans les mêmes héros. Chaque famille avait ses forfaits et ses malheurs héréditaires. Le rapt, le viol, l'adultère, l'inceste, le parricide, formaient Thistoire de ces premiers brigands histoire abominable et d'autant plus tragique. Les Danaïdes les Pelopides. les Atrides, les fables de Méléagre, de Mino: et de Jason, les guerres de Thèbes et de Troie sont l'effroi de l'humanité et les trésors du théâtre : trésors d'autant l)lus précieux que ces horreurs étaient ennoblies par le mélange du merveilleux. Pas un de ces illustres scélérats qui n'eût un dieu pour père, ou pour complice : c'était la réponse et l'excuse que ces peuples donnaient sans doute au reproche qu'on leur faisait sur les crimes de leurs aïeux, la volonté des dieux, les décrets de la destinée, un ascendant irrésistible, une erreur fatale avaient tout fait; et ce fut là, comme la base de tout le système tragique : car la fatalité qui laisse la bonté morale au coupable, qui attache le crime à la vertu, et le remords à l'innocence, est le moyen le plus puissant qu'on ait imaginé pour effrayer et attendrir Thomme sur le destin de son semblable, aussi l'histoire fabuleuse des Grecs est-elle la seule vraiment tragique dans les annales du monde entier; et ce mélange en est la cause.

Mais ce qui tenait de plus près encore aux événements

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politiques, c'est celte ivresse de la gloire et des prospérités que les Athéniens avaient rapportées de Marathon, de Salamine et de Platée; sentiment qui exaltait les âmes, et surtout celle des poètes; c'est ce même orgueil sans cesse irrité par la menace des monarques de l'Orient, et par la menace de tombor [dans les] griffes de ces vautours; c'est là, dis-je, ce qui donne une impulsion si rapide et si [fortement] tragique, et lui fit faire en un demi- siècle de si incroyables progrès*.

Du côté de la Coniédie, les mœurs grecques avaii^nt aussi des avantages, [ ] propres, et qu'on ne trouve point ailleurs. Chez un peuple vif, enjoué, naturellement [ ] hi dont le goût exquis pour la plaisanterie a fait passer en proverbe le sel piquant [ ] dont il l'assaisonnait; chez ce peuple républicain, et libre censeur de lui-même, que Ton s'imagine un théâtre où il était permis de livrer à la risée de la Grèce entière, non seulement un citoyen ridicule ou vicieux, mais un juge inique et vénal, un dépositaire du bien publi*négligent, avare, infidèle; un magistrat sans talents et sans mœurs, un général d'armée sans capacité qui briguait la faveur du peuple, ou un fripon qui le trompait; en un mot, le peuple lui-même qui se laissait traduire on plein théâtre, comme un vieillard chagrin, bizarre, crédule, imbécile, esclave et dupe de ces brigands publics qui le flattaient el l'opprimaient ; qu'on s'imagine ces personnages d'aboid exposés sur la scène et nommés par leurs noms, ensuite, lorsqu'il fut défendu de nommer, si bien désignés parleurs traits et par toute espèce de ressemblance, qu'on les reconnaissait en les voyant paraître, et qu'on juge de là combien le génie comique, animé par la jalousie et la Fualignilé républicaine, devait avoir à s'exercer.

Ainsi la poésie trouva tout disposé comme pour elle dans la Grèce; et la nature, la fortune, l'opinion, les lois, les mœurs, tout était accordé pour la favoriser*.

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