Z E P II I R E
'UI , je me suis galamment acquitté De la commission que vous m'avez donnée; Et, du haut du rocher , je l'ai , cette beauté , Par le milieu des airs doucement amenée
Bans ce beau palais enchanté ,
Où vous pouvez en liberté,
Disposer de sa destinée.
Mais vous me surprenez par ce grand changement
Qu'en votre personne vous faites ; Cette taille , ces traits, et cet ajustement,
Cachent tout-à fait qui vous ôtes; Et je donne aux plus fins à pouvoir, en ce jour,
Vous reconnoître pour l'Amour.
l'amour.
Aussi ne veux-je pas qu'on puisse me connoître ; Je ne veux à Psiché découvrir que mon cœur , Rien que les beaux transports de cette vive ardeur Que ses doux charmes y fout naître;
i9a PSICHE.
Et pour en exprimer l'amoureuse langueur, Et cacher ce que je puis être Aux yeux qui m'imposent des lois, J'ai pris la forme que tu vois.
En tout vous êtes un grand maître;
C'est ici que je le connois.
Sous des déguisemens de diverse nature,
On a vu les Dieux amoureux Chercher à soulager cette douce blessure Que reçoivent les cœurs de vos traits pleins de feux; Mais en bon sens vous l'emportez sur eux,
Et voilà la bonne figure
Pour avoir un succès heureux Près de l'aimable sexe où l'on porte ses vœux. Oui, de ces formes-là l'assistance est bien forte;
Et, sans parler ni de rang, ni d'esprit , Qui peut trouver moyen d'être fait de la sorte ,
Ne soupire guère à crédit.
l'amour.
J'ai résolu, mon cher Zéphire,
De demeurer ainsi toujours; Et l'on ne peut y trouver à redire
A l'aîné de tous les Amours.
Il est tems de sortir de cette longue enfance
Qui fatigue ma patience; Il est tems désormais que je devienne grand.