ACTE III. SCENE III
Je devrois en rougir , ou le dire plus bas ;
Mais le supplice a trop d'appas.
Permettez que , tout haut , je le die et redie : Je le dirois cent fois , et n'en rougirois pas. Ce n'est point moi qui parle, et de votre présence L'empire surprenant , Paimable violence , Dès que je veux parler, s'empare de ma voix. C'est en vain qu'en secret ma pudeur s'en offense
Que le sexe et la bienséance
Osent me faire d'autres loix ; Vos yeux de ma réponse eux-mêmes font le choix, Et ma bouche asservie à leur toute-puissance , Ne me consulte plus sur ce que je me dois.
Croyez, belle Psiché, croyez ce qu'ils vous disent y Ces yeux qui ne sont point jaloux; Qu'à l'en viles vôtres m'instruisent De tout ce qui se passe en vous.
Croyez-en ce cœur qui soupire ,
Et qui , tant que 1« vôtre y voudra répartir > Vous dira bien plus d'un soupir, Que cent regards ne peuvent dire.
C'est le langage le plus doux ; C'est le plus fort, c'est le plus sûr de tous»
psiché.
L'intelligence en étoit due À nos cœurs, pour les rendre également contens-
J'ai soupiré , vous m'avez entendue ;
Vous soupirez , je vous entends.
Mais ne me laissez pas en doute , Seigneur, et dites-moi si , par la même route , Après moi , le Zéphire ici vous a rendu
Pour me dire ce que j'écoute ?
Quand j'y suis arrivée , étiez-vous attendu ? Et , quand vous lui parlez , êtes- vous entendu ?
J'ai dans ce doux climat un souverain empire ,
Comme vous l'avez sur mon cœur ,■ L'Amour m'est favorable, et c'est en sa faveur Qu'à mes ordres Eole a soumis le Zéphire. C'est l'Amour qui, pour voir mes feux récompensés, Lui-même a dicté cet oracle Par qui vos beaux jours menacés D'une foule d'amans se sont débarrassés , ~Et qui m'a délivré de l'éternel obstacle
De tant de soupirs empressés Qui ne méritoient pas de vous être adressés. Ne me demandez point quelle est cette province , Ni le nom de son Prince.
Vous le saurez quand il en sera tems.
Je veux vous acquérir, mais c'est par mes services, Par des soins assidus , et par des vœux constans , Par les amoureux sacrifices De tout ce que je suis, De tout ce que je puis ,