SCENE PREMIERE
AGLAURE, CIDIPPE.
J e n'en puis plus, ma sœur; j'ai vu trop demerveilles,
L'avenir aura peine à les bien concevoir;
Le soleil qui voit tout, et qui nous fait tout voir,
N'en a vu jamais de pareilles.
Elles me chagrinent l'esprit :
Et ce brillant palais , ce pompeux équipage
Font un odieux étalage Qui m'accable de honte autant que de dépit. Que la fortune indignement nous traite ,
Et que sa largesse indiscrette VI. 14
aïo P S I C H E.
Prodigue aveuglément , épuise , unit d'efforts , Pour faire de tant de trésors Le partage d'une cadette !
J'entre dans tous vos sentimens ; J'ai les mêmes chagrins; et dans ces lieux charmans
Tout ce qui vous déplaît me blesse; Tout ce que vous prenez pour un mortel affront ,
Comme vous m'accable, et me laisse L'amertume dansl'ame et la rougeur au front.
AGLÂURE,
Non , ma sœur, il n'est point de reines Qui, dans leur propre état, parlent en souveraines
Comme Psiché parle en ces lieux.
On l'y voit obéie avec exactitude ; Et de ses volontés une amoureuse étude
Les cherche jusques dans ses yeux.
Mille beautés s'empressent autour d'elle , Et semblent dire à nos regards jaloux , Quels que soient nos attraits, elle est encor plus belle , Et nous, qui la servons, le sommes plus que vous.
Elle prononce , on exécute ; Aucun ne. s'en défend , aucun ne s'en rebute.
Flore , qui s'attache à ses pas , Répand à pleines mains , autour de sa personne ,
Ce qu'elle a de plus doux appas.
Zéphire vole aux ordres qu'elle doime ;