‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 122 sur 433 · ACTE IV. SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCENE I

Et son amante et lui s'en laissant trop charmer, Quittent , pour la servir, les soins de s'entr'aimer.

Elle a des Dieux à son service ,

Elle aura bientôt des autels ; Et nous ne commandons qu'à de chétifs mortels ,

De qui l'audace et le caprice , Contre nous , à toute heure, en secret révoltés ,

Opposent à nos volontés

Ou le murmure , ou l'artifice.

C'étoit peu que , dans notre cour, Tant de cœurs, à l'envi, nous l'eussent préférée ; Ce n'étoit pas assez que , de nuit et de jour, D'une foule d'amans elle y fût adorée.

Quand nous nous consolions de la voir au tombeau

Par l'ordre imprévu d'un oracle , Elle a voulu , de son destin nouveau , Faire, en notre présence, éclater le miracle ,

Et choisir nos yeux pour témoins De ce qu'au fond du cœur nous souhaitions le moins.

Ce qui le plus me désespère , C'est cet amant parlait et si digne de plaire ,

Qui se captive sous ses lois.

Quand nouspourrions choisirentre tous les monarques,

En est-il un , de tant de rois ,

ara P S I C H É.

Qui porte de si nobles marques ?

Se voir du bien par-delà ses souhaits , N'est souvent qu'un bonheur qui fait des misérables; Il n'est ni train pompeux , ni superbes palais , Qui n'ouvre quelque porte à des maux incurables: Mais avoir un amant d'un mérite achevé , Et s'en voir chèrement aimée , C'est un bonheur si haut , si relevé , Que sa grandeur ne peut être exprimée.

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