ACTE IV. SCENE IL 2i
Dans un simple regard, dans la moindre parole, Son amour trouve des douceurs Qu'en faveur du sang je lui vole, Quand je les partage à des sœurs.
La jalousie est assez fine ,
Et ces délicats sentimens
Méritent bien qu'on s'imagine Que celui qui pour vous a ces empressemens ,
Passe le commun des amans.
Je vous en parle ainsi, laute de le connoître. Vous ignorez son nom et ceux dont il tient l'être;
Nos esprits en sont alarmés.
Je le tiens un grand Prince, et d'un pouvoir suprême»
Bien au delà du diadème; Ses trésors sous vos pas confusément semés, Ont de quoi faire honte à l'abondance même ;
Vous l'aimez autant qu'il vous aime ;
Il vous charme et vous le charmez; Votre félicité, ma sœur , seroit extrême ,
Si vous saviez qui vous aimez.
Que m'importe ? j'en suis aimée.
Plus il me voit , plus je lui plais.
11 n'est point de plaisirs dont l'ame soit charmée >
Qui ne préviennent mes souhaits ; Et je vois mal de quoi la votre est alarmée,
Quand tout me sert dans ce palais.
AGLAURE
Qu'importe qu'ici tout vous serve, Si toujours cet amant vous cache ce qu'il est ? Nous ne nous alarmons que pour votre intérêt. En vain tout vous y rit; en vain tout vous y plaît; Le véritable amour ne fait point de réserve ;
Et qui s'obstine à se cacher , Sent quelque chose en soi qu'on lui peut reprocher.
Si cet amant devient volage , Car souvent, en amour, le change est assez doux ,
Et j'ose le dire entre nous , Pour grand que soit l'éclat dont brille ce visage , Il en peut être ailleurs d'aussi belles que vous : Sij dis-je, un autre objet sous d'autres lois l'engage ,
Si, dans l'état où je vous voi ,
Seule en ses mains, et sans défense ,
Il va jusqu'à la violence ,
Sur qui vous vengera le Roi , Ou de ce changement, ou de cette insolence ?
Ma sœur, vous me faites trembler.
Juste ciel ! pourrois-je être assez infortunée. . . .
CIDIPPE.
Que sait-on si déjà les nœuds de l'hyménée —
PS i c h É.
N'achevez pas ; ce seroit m'accabler.