SCENE PREMIERE
PSICHÉ
XLffroyables replis des ondes infernales, Noirs palais où Mégère et ses sœurs font leur cour,
Eternels ennemis du jour, Parmi vos Ixions, et parmi vos Tantales, Parmi tant de tourmens qui n'ont point d'intervalles :
Est-il, dans votre affreux séjour,
Quelques peines qui soient égales Aux travaux où Vénus condamne mon amour?
Elle n'en peut être assouvie :
Et, depuis qu'à ses loix je me trouve asservie , Depuis qu'elle me livre à ses ressentimens , il m'a fallu , dans ces cruels momens ,
Plus d'une ame et plus d'une vie ,
Pour remplir ses commandemens.
Je souûrirois tout avec joie , Si, parmi les rigueurs que sa haine déploie,
Mes yeux pouvaient revoir, ne fût-ce qu'un moment ,,
Ce cher , cet adorable amant.
Je n'ose le nommer; ma bouche criminelle,
D'avoir trop exigé de lui , S'en est rendue indigne ; et , dans ce dur ennui ,
La souffrance la plus mortelle Dont m'accable à toute heure un renaissant trépas,
Est celle de ne le voir pas.
Si son courroux duroit encore , Jamais aucun malheur n'approcheroit du mien ; Mais s'il a voit pitié d'une ame qui l'adore, Quoi qu'il fallût souffrir , je ne souflrirois rien. Oui, Destins, s'il calmoit cette juste colère,
Tous mes malheurs seroient finis, Pour me rendre insensible aux fureurs de la mère,
Il ne faut qu'un regard du fils.
Je n'en veux plus douter ; il partage ma peine , Il voit ce que je souffre, et souffre comme moi.
Tout ce que j'endure le gêne ; Lui-même il s'en impose une amoureuse loi. En dépit de Vénus , en dépit de mon crime , C'est lui qui me soutient, c'est lui qui me ranime Au milieu des périls ou l'on me fait courir; 11 garde la tendresse où son feu le convie , Et prend soin de me rendre une nouvelle vie
Chaque fois qu'il me faut mourir.
Mais que me veulent ces deux ombres Qu'à travers le faux jour de ces demeures sombres,
J'entrevois s'avancer vers moi?