‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 138 sur 433 · SCENE IT · texte numérisé non relu

SCENE IT

PSICIIÉ, CLÉOMENE, AGENOR.

PSKHÉ.

Cléomene , Agénor , est-ce vous que je voi ? Qui vous a ravi la lumière ?

CLEOMENE.

La plus juste douleur, qui, d'un beau désespoir,

Nous eût pu fournir la matière.

Citte pompe funèbre , où du sort le plus noir Vous attendiez la rigueur la plus fière ,

L'injustice la plus entière.

AGENOR.

Sur ce même rocher , où le ciel en courroux

Vous promettoit , au lieu d'époux ', Un serpent dont soudain vous seriez dévorée ,

Nous tenions la main préparée A repousser sa rage , ou mourir avec vous. Vous le savez , princesse ; et lorsqu'à notre vue , Par le milieu des airs vous êtes disparue , Du haut de ce rocher , pour suivre vos beautés , Ou plutôt pour goûter cette amoureuse joie D'offrir pour vous au monstre une première proie y D'amour et de douleur l'un et l'autre emportés a Nous nous sommes précipités.

zdz. V S I C H Ë.

Heureusement déçus au sens de votre oracle , Nous en avons ici reconnu le miracle , Et su que le serpent prêt à vous dévorer ,

Etoit le dieu qui fait qu'on aime, Et qui tout dieu qu'il est , vous adorant lui-même ,

Ne pouvoit endurer Qu'un mortel comme nous osât vous adorer.

Pour prix de vous avoir suivie, Nous jouissons ici d'un trépas assez doux.

Qu'avions-nous affaire de vie ,

Si nous ne pouvions être à vous ?

Nous revoyons ici vos charmes , Qu'aucun des deux là-haut n'auroit revus jamais. Heureux si nous voyons la moindre de vos larmes Honorer des malheurs que vous nous avez faits.

Puis-je avoir des larmes de reste , Après qu'on a porté les miens au dernier point ? Unissons nos soupirs dans un sort si funeste ,•

Les soupirs ne s'épuisent point :

Mais vous soupireriez, princes , pour une ingrate. Vous n'avez point voulu survivre à mes malheurs a

Et quelque douleur qui m'abatte ,

Ce n'est point pour vous que je meurs.

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