‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 139 sur 433 · ACTE V. SCENE II. a · texte numérisé non relu

ACTE V. SCENE II. a

CLEOMENE.

L'avons-nous mérité , nous dont toute la flamme N'a fait que vous lasser du récit de nos maux ?

p s ich É.

Vous pouviez mériter, princes, toute mon ame,

Si vous n'eussiez été rivaux.

Ces qualités incomparables , Qui de l'un et de l'autre accompagnoient les vœux,

Vous rendoient tous deux trop aimables

Pour mépriser aucun des deux.

Vous avez pu, sans être injuste ni cruelle , Nous refuser un cœur réservé pour un Dieu. Mais revoyez Vénus, Le destin nous rappelle Et nous force à vous dire adieu.

p s ich É.

Ne vous donne-t-il point le loisir de me dire Quel est ici votre séjour?

CLEOMENE.

Dans des bois toujours verds, où d'amour on respire,

Aussitôt qu'on est mort d'amour D'amour on y revit , d'amour on y soupire Sous les plus douces loix de son heureux empire, Et l'éternelle nuit n'ose en chasser le jour Que lui-même il attire Sur nos fantômes qu'il inspire , Et dont «ux Enfers même il se fait une cour.

Vos envieuses sœurs , après nous descendues 3 Pour vous perdre se sont perdues ; Et l'une et l'autre , tour-à-tour, Pour le prix d'un conseil qui leur coûte la vie , A côté d'Ixion, à côté de Titye , Souflre tantôt la roue, et tantôt le vautour. L'Amour, par les Zéphirs, s'est fait prompte justice De leur envenimée et jalouse malice; Ces ministres aîlés de son juste courroux, Sous couleur de les rendre encore auprès de vous. Ont plongé Tune et l'autre au fond d'un précipice , Où le spectacle affreux de leurs corps déchirés, N'étale que le moindre et le premier supplice De ces conseils , dont l'artifice Fait les maux dont vous soupirez. •

Que je les plains!

CLEOMENE.

Vous êtes seule à plaindre:

Mais nous demeurons trop à vous entretenir; Adieu. Puissions-nous vivre en votre souvenir ! Puissiez-vous,et bientôt n'a voir plus rien à craindre! Puisse, et bientôt l'amour vous enlever aux cieux,

Vous y mettre à côté des Dieux ,• Et rallumant un feu qui ne se puisse éteindre , Affranchir à jamais l'éclat de vos beaux yeux,

D'augmenter le jour en ces lieux î

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