ACTE I. SCENE VI
Argante montrant Silvestre.
Ce maraud-là.
SCAPIN
Pourquoi ?
Tu n'as pas ouï parler de ce qui s'est passé dans mon absence ?
SCAPIN
J'ai bien ouï parler de quelque petite chose.
ARGANTE
Comment , quelque petite chose ? Une action de cette nature ?
SCAPIN
Vous avez quelque raison.
ARGANTE
Une hardiesse pareille à celle-là?
SCAPIN
Cela est vrai.
ARGANTE
Un fils qui se marie sans le consentement de son père ?
SCAPIN
Oui, il y a quelque chose à dire à cela. Mais je
serois d'avis que vous ne fissiez point de bruit.
ARGANTE
Je ne suis pas de cet avis, moi, et je veux faire
o6 LES FOURBERIES DE SCAPIN.
du bruit tout mon saoul. Quoi ! tu ne trouves pas que j'en aie tous les sujets du monde d'être en colère ?
SCAPIN
Si fait. J'y ai d'abord été, moi,, lorsque j'ai su la chose 3 et je me suis intéressé pour vous , jusqu'à quereller votre fils. Demandez-lui un peu quelles belles réprimandes je lui ai faites , et comme je l'ai chapitré sur le peu de respect qu'il gardoit à un père dont il devoit baiser les pas. On ne peut pas lui mieux parler , quand ce seroit vous -même. Mais quoi ! je me suis rendu à la raison , et j'ai considéré que , dans le fond } il n'a pas tant de tort qu'on pourroit croire.
ARGANTE
Que me viens- tu conter ? 11 n'a pas tant de tort de s'aller marier de but en blanc avec une inconnue ?
SCAPIN
Que voulez- vous ? Il y a été poussé par sa destinée.
ARGANTE
Ah , ah ! Voici une raison la plus belle du monde. On n'a plus qu'à commettre tous les crimes imaginables, tromper , voler , assassiner, et dire pour excuse , qu'on y a été poussé par sa destinée.
SCAPIN
Mon Dieu 3 vous prenez mes paroles trop en