ACTE I. SCENE VI
philosophe. Je veux dire qu'il s'est trouvé fatalement engagé dans cette affaire.
Et pourquoi s'y engageoit-il ?
SCAPIN
Voulez- vous qu'il soit aussi sage que vous? Les jeunes gens sont jeunes , et n'ont pas toujours la prudence qu'il leur faudroit pour ne rien faire que de raisonnable : témoin notre Léandre , qui , malgré toutes mes leçons, malgré toutes mes remontrances , est allé faire , de son côté , pis encore que votre fils. Je voudrois bien savoir si vous-même n'avez pas été jeune, et n'avez pas , dans votre tems . fait des fredaines comme les autres. J'ai ouï dire, moi, que vous avez été autrefois un bon compagnon parmi les femmes , que vous faisiez de votre drôle avec les plus galantes de ce tems-là , et que vous n'en approchiez point, que vous ne poussassiez à bout.
AR GANTE
Cela est vrai , j'en demeure d'accord ,• mais Je m'en su}s toujours tenu à la galanterie , et je n'ai point été jusqu'à faire ce qu'il a fait.
SCAPIN
Que vouliez- vous qu'il fît ? Il voit une jeune personne qui lui veut du bien ( car il tient de vous d'être aimé de toutes les femmes); il la
trouve charmante ; il lui rend des visites , lui conte des douceurs , soupire galamment , lait le passionné. Elle se rend à sa poursuite ; il pousse sa fortune. Le voilà surpris avec elle par ses parens, qui , la force à la main , le contraignent de l'épouser.
silyestre à paru
L'habile fourbe que voilà !
SCAPIN
Eussiez-vous voulu qu'il se fût laissé tuer ? Il vaut mieux encore être marié, qu'être mort.
ÀRGÀNTE.
On ne m'a pas dit quel'aflaire se soit ainsi passée.
scapin montrant Silvestre.
Demandez - lui plutôt ; il ne vous dira pas le contraire.
ARGANTE à Silvestre*
C'est par force qu'il a été marié ?
SILVESTRE
Oui , monsieur.
SCAPIN
Voudrois-je vous mentir ?
ARGANTE
lldevoit donc aller tout aussitôt protester de violence chez un notaire.