‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 162 sur 433 · ACTE I. SCENE I. a · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE I. a

Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle , Ma sœur, que de tousser et de cracher comme elle.

HENRIETTE

Mais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez,

Si ma mère n'eût eu que de ces beaux côtés ;

Et bien vous prend, ma sœur, que son noble génie

N'ait pas vaqué toujours à la philosophie.

De grâce , souffrez-moi , par un peu de bonté,

Des bassesses à qui vous devez la clarté ;

Et ne supprimez point, voulant qu'on vous seconde *,

Quelque petit savant qui veut venir au monde.

Je vois que votre esprit ne peut être guéri

Du fol entêtement de vous faire un mari ;

Mais sachons, s'il vous plaît, qui vous songez à prendre?

Votre visée", aumoins,n'estpasmiseàClitandre?

HENRIETTE

Et par quelle raison n'y seroit-elle pas ? Manque-t-il de mérite ? Est-ce un choix qui soit bas ?

A R MAN DE

Non ; mais c'est un dessein qui seroit malhonnête, Que de vouloir d'un autre enlever la conquête ; Et ce n'est pas un tait dans le monde ignoré , Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré.

HENRIETTE

Oui ; mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaines, Et vous ne tombez pas aux bassesses humaines';

Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours, Et la philosophie a toutes vos amours.

Ainsi , n'ayant au cœur nul dessei n pour Clitandre , Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre ?

A R M AN DE

Cet empire que tient la raison sur les sens , Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens8 ; Et l'on peut , pour époux , refuser un mérite Que, pour adorateur, on veut bien à sa suite.

HENRIETTE

Je n'ai pas empêché qu'à vos perfections Il n'ait continué ses adorations ; Et je n'ai fait que prendre, au refus de votre ame, Ce qu'est venu m 'offrir l'hommage de sa flamme.

Mais, à l'offre des vœux d'un amant dépité , Trouvez-vous , je vous prie , entière sûreté ? Croyez-vous pour vos yeux sa passion bien forte , Et qu'en son cœur, pour moi, toute flamme soit morte ?

HENRIETTE

II mêle dit, ma sœur ; et, pour moi, je le croï.

ARM AN DE

Ne soyez pas , ma sœur, d'une si bonne foi1*, Et croyez, quand il dit qu'il me quitte et vous aime, Qu'il n'y songe pas bien , et se trompe lui-même.

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