‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 161 sur 433 · A R M A ND E · texte numérisé non relu

A R M A ND E

Mon Dieu! que votre esprit est d'un étage bas ! Que vous jouez au monde un petit personnage, De vous claquemurer aux choses du ménage , Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchans, Qu'une idole d'époux, et des marmots d'enfans! Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires, Les bas amusemens de ces sortes d'affaires. A de plus beaux objets élevez vos désirs, Songez a prendre un goût des plus nobles plaisirs* ; Et, traitant de mépris b les sens et la matière,' A l'esprit, comme nous, donnez-vous toute entière. Vous avez notre mère en exemple à nos yeux, Que du nom de savante on honore en tous lieux; Tâchez , ainsi que moi , de vous montrer sa fille ; Aspirez aux clartés qui sont dans la famille , Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs Que l'amour de l'étude épanche dans les cœurs. Loin de tre aux lois d'un homme en esclave asservie, Mariez-vous , ma sœur , à la philosophie , Qui nous monte au-dessus de tout le genre-humain, Et donne à la raison l'empire souverain , Soumettant à ses lois la partie animale , Dont l'appétit grossier aux bêtes nous ravale*.

Ce sont là les beaux feux, les doux attachemens Qui doivent de la vie occuper les momens ; Et les soins où je vois tant de femmes sensibles, Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.

HENRIETTE

Le ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout puissant, Pour différens emplois nous fabrique en naissant, Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe Qui se trouve taillée à faire un philosophe. Si le vôtre est né propre aux élévations Où montent des sa vans les spéculations , Le mien est fait, ma sœur, pour aller terre -à-terre, Et dans les petits soins son fbible se resserre. Ne troublons point du ciel les justes réglemens , Et de nos deux instincts suivons les mouvemens. Habitez, par l'essor d'un grand et beau génie, Les hautes régions de la philosophie , Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas, Goûtera de l'hymen les terrestres appas. Ainsi , dans nos desseins , l'une à l'autre contraire, Nous saurons toutes deux imiter notre mère; Vous , du côté de l'ame et des nobles désirs , Moi , du côté des sens et des grossiers plaisirs; . Vous , aux productions d'esprit et de lumière , Moi , dans celles , ma sœur, qui sont de la matière.

ARM AN DE

Quand sur une personne on prétend se régler1, C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler ;

Page 1