‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 165 sur 433 · CLITANDRE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

CLITANDRE, HENRIETTE

HENRIETTE

Votre sincère aveu ne l'a pas peu surprise.

CLITAND RE.

Elle mérite assez une toile franchise ; Et^toutes les hauteurs de sa folle fierté §ont dignes , tout au moins s de ma sincérité. Mais , puisqu'il m'est permis , je vais à votre père, Madame ....

HENRIETTE

Le plus sûr est de gagner ma mère.

Mon père est d'une humeur à consentir à tout , Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout : Il a reçu du ciel certaine bonté d'aine Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme ; C'est elle qui gouverne , et, d'un ton absolu, Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu. Je voudrois bien vous voir pour elle et pour ma tant® Une ame , je l'avoue , un peu plus complaisante , Un esprit qui , flattant les visions du leur, Vous pût de leur estime attirer la chaleur. VI. 19

CLITANDRE

Mon cœur n'a jamais pu, tant il est né sincère, Même dans votre sœur , flatter leur caractère ; Et les femmes docteurs ne sont point de mon goût. Je consens qu'unefemnie ait des clartés de tout"; Mais je ne lui veux point la passion choquante , De se rendre savante, afin d'être savante; Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait, Elle sache ignorer les choses qu'elle sait ; De son étude enfin , je veux qu'elle se cache, Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache, Sans citer les auteurs , sans dire de grands mots, Et clouer de l'esprit à ses moindres propos. Je respecte beaucoup Madame votre mère ; Mais je ne puis du tout approuver sa chimère, Et me rendre l'écho des choses qu'elle dit , Aux encens" qu'elle donne à son héros d'esprit. Son Monsieur Trissotin me chagrine, m'assomme, Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme , Qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprits Un benêt dont par-tout on siffle les écrits , Un pédant dont on voit la plume libérale D'officieux papiers fournir toute la halle.

HENRIE T T E.

Ses écrits, ses discours ,tout m'en semble ennuyeux, Et je me trouve assez votre goût et vos yeux. Mais , comme sur ma mère il a grande puissance, Vous devez vous forcer à quelque complaisance.

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