‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 166 sur 433 · ACTE I. SCENE III. zgt · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE III. zgt

tîn amant fait sa cour où s'attache son cœur , Il veut de tout le monde y gagner la faveur ; Et, pour n'avoir personne à sa flamme contraire, Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire.

CLITANDRE

Oui , vous avez raison ; mais Monsieur Trissotîn M'inspire au fond de l'ame un dominant chagrin0. Je ne puis consentir, pour gagner ses suffragesp, A me déshonorer en prisant ses ouvrages : C'est par eux qu'à mes yeux il a d'abord paru , Et je le Connoissois avant que l'avoir vu. Je vis , dans le fatras des écrits qu'il nous donne , Ce qu'étale en tous lieux sa pédante personne, La constante hauteur de sa présomption , Cette intrépidité de bonne opinion , Cet indolent état de confiance extrême, Qui le rend, en tout tems, si content de soi-même, Qui fait qu à son mérite incessamment il rit , Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit , Et qu'il ne voudroit pas changer sa renomméo Contre tous les honneurs d'un général d'armée.

HENRIETTE

C'est avoir de bons yeux que de voir tout cela.

CLITANDRE

Jusqucs à sa figure encor la chose alla , Et je vis par les vers qu'à la tête il nous jette 3 De quel air il fàlloit que fût fait le poète ;

Et j'en avois si bien deviné tous les traits , Que^ rencontrant un homme un jour dans le palais, Je gageai que c'étoit Trissotin en personne , Et je vis qu'en effet la gageure étoit bonne.

Quel conte !

CtITANDRE.

Non 5 je dis la chose comme elle est:

Mais je vois votre tante. Agréez, s'il vous plaît , Que mon cœur lui déclare ici notre mystère , Et gagne sa faveur auprès de votre mère.

Page 1