‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 189 sur 433 · ACTE II. SCENE IX. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE IX. 3i

C HRIS ALE.

C'est que pour gendre elle m'offre un autre homme. A R i st E.

Un autre homme pour gendre !

CH RIS ALE

Un autre.

ARI S T E

Qui se nomme?

CHRISALE.

Monsieur Trissotin.

A RIS TE

Quoi! ce Monsieur Trissotin...

CHRISALE.

Oui, qui parle toujours de vers et de latin.

ARISTE

Vous lavez accepté ?

CHRISALE.

Moi! point : àDieu ne plaise.

ARISTE

Qu'avez- vous répondu ?

CHRISALE.

Rien ; et je suis bien-aise De n'avoir point parlé, pour ne m'engager pas.

ARISTE

La raison est fort belle , et c'est faire un grand pas.

o2o LES FEMMES SAVANTES.

Avez- vous su du moins lui proposer Clitandre?

CHRISALE.

Non; car, comme j'ai vu qu'on parloit d^autre gendre, J'ai cru qu'il étoit mieux de ne m'avancer point.

A Ri s TE.

Certes, votre prudence est rare au dernier point. N'avez-vous point de honte , avec votre mollesse , Et se peut-il qu'un homme ait assez de foiblesse Pour laisser à sa femme un pouvoir absolu , Et n'oser attaquer ce qu'elle a résolu ?

CHRISALE.

Mon "Dieu ! vous en parlez, mon frère, bien à l'aise , Et vous ne savez pas comme le bruit me pèse. J'aime fort le repos , la paix et la douceur, Et ma femme est terrible avecque son humeur. Du nom de philosophe 9 elle fait grand mystère*, Mais elle n'en est pas pour cela moins colère; Et sa morale , faite à mépriser le bien , Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien. Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tête , On en a pour huit jours d'effroyable tempête. Elle me l'ait trembler dès qu'elle prend son ton ; Je ne sais où me mettre, et c*est un vrai dragon; Et cependant , avec toute sa diablerie , Il faut que je l'appelle et mon cœur et ma mier

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