‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 218 sur 433 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

CLITANDRE entrant doucement , et écoutant sans se montrer , ARMANDE , PHILA- MINTK

ARMANDE

Je ne soufTrirois point, si j'étois que de vous %

Que jamais d'Henriette il pût être l'époux.

On me feroit grand tort d'avoir quelque pensée

Que là-dessus je parle en fille intéressée ;

Et que le lâche tour que l'on voit qu'il me fait ,.

Jette au fond de mon cœur quelque dépit secret.

Contre de pareils coups l'ame se fortifie

Du solide secours de la philosophie ,

Et par elle on se peut mettre au-dessus de tout ;

Mais , vous traiter ainsi , c'est vous pousser à bout.

Il est de votre honneur d'être à ses vœux contraire ;

Et c'est un homme, enfin, qui ne doit point vous plaire.

Jamais je n'ai connu, discourant entre nous ,

Qu'il eût au fond du cœur de l'estime pour vous.

PHILAMINTE

Petit sot! '

ARMANDE

Quelque bruit que votre gloire fasse , Toujours à vous louer il a paru de glace.

Le brutal !

Et vingt fois, comme ouvrages nouveaux, J'ai lu des vers de vous qu'il n'a point trouvés beaux.

PHILAMINTE

L'impertinent !

ARMANDE

Souvent nous en étions aux prises; Et vous ne croiriez point de combien de sottises,..

CLITAndre à Armande*

Hé doucement , de grâce. Un peu de charité, Madame, ou , tout au moins , un peu d'honnêteté. Quel mal vous ai-je fait ? et quelle est mon offense Pour armer contre moi toute votre éloquence, Pour vouloir me détruire , et prendre tant de soin De me rendre odieux aux gens dont j'ai besoin ? Parlez , dites , d'où vient ce courroux effroyable ? Je veux bien que Madame en soit juge équitable,

ARMANDE

Si j*avois le courroux dont on veut m'accuser, Je trouverois assez de quoi l'autoriser. Vous en seriez trop digne ; et les premières flammes S'établissent des droits si sacrés sur les âmes , Qu'il faut perdre fortune , et renoncer au jour, Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour.

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