‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 219 sur 433 · ACTE IV. SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCENE II

Au changement de vœux nulle horreur ne s'égale8 ; Et tout cœur infidèle est un monstre en morale.

Appelez- vous , Madame , une infidélité

Ce que m'a de votre ame ordonné la fierté?

Je ne fais qu'obéir aux lois qu'elle m'impose ;

Et , si je vous offense , elle seule en est cause.

Vos charmes ont d'abord possédé tout mon cœur.

Il a brûlé deux ans d'une constante ardeur ;

Il n'est soins empressés , devoirs, respects, services,

Dont il ne vous ait fait d'amoureux sacrifices.

Tous mes feux, tous mes soins ne peuvent rien sur vous,

Je vous trouve contraire âmes vœux les plus doux ;

Ce que vous refusez, je l'offre au choix d'une autre.

Voyez. Est-ce, Madame, ou ma faute, ou la vôtre?

Mon cœur court-il au change , ou si vous l'y poussez ?

Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez ?

A RMANDE.

Appelez-vous, Monsieur, être à vos vœux contraire^ Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire ; Et vouloir les réduire à cette pureté , Où du parfait amour consiste la beauté ? Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée Du commerce des sens nette et débarrassée ; Et vous ne goûtez point , dans ses plus doux appas , Cette union des cœurs où les corps n'entrent pas. Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière* Qu'avec tout l'attirail des nœuds de la matière i

3Go LES FEMMES SAVANTES.

Et pour nourrir les Feux que chez vous on produit , 11 faut un mariage , et tout ce qui s'ensuit. Ah ! quel étrange amour ; et que les belles âmes Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes! Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs, Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs -, Comme une chose indigne, il laisse là le reste; C'est un feu pur et net comme le feu céleste , On ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs , Et l'on ne penche point vers les sales désirs. Rien d'impurne se mêle au but qu'on se propose , On aime pour aimer, et non pour autre chose ; Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports, Et .l'on ne s'apperçoit jamais qu'on ait un corps.

CLITANDRE

Pour moi, par un malheur, je m'apperçois, Madame, Que j'ai,nevous déplaise,un corps tout comme une ame, Je sens qu'il y tient trop pour le laisser à part; De ces détachemens je ne connois point l'art ; Le ciel m'a dénié cette philosophie, Et mon ame et mon corps marchent de compagnie. Il n'est rien de plus beau , comme vous avez dit, Que ces vœux épurés qui ne vont qu'à l'esprit , Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées , Du commerce des sens si bien débarrassées ; Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés ; Je suis un peu grossier, comme vous m'accusez ; J'aime avectoutmoi-méme,etramourqu'onme donne, En veut , je le confesse , à toute la personne.

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