ACTE IV. SCENE III
Il est fort enfoncé dans la cour3, c'est tout dit l. La cour, comme l'on sait, ne tient pas pour l'esprit. Elle a quelque intérêt d'appuyer l'ignorance ; Et c'est en courtisan , qu'il en prend la défense.
CLITANDRE
Vous en voulez beaucoup à cette pauvre cour ; Et son malheur est grand de voir que, chaque jour, Vous autres beaux esprits vous déclamiez contre elle, Que de tous vos chagrins vous lui fassiez querelle, Et, sur son méchant goût lui faisant son procès , N'accusiez que lui seul de vos méchans succès. Permettez-moi, monsieur Trissotin, de vous dire, Avec tout le respect que votre nom m'inspire, Que vous feriez fort bien, vos confrères et vous, De parler de la cour d'un ton un peu plus doux ; Qu'à le bien prendre au fond, elle n'estpas si bête Que, vous autres messieurs, vous vous mettez entête ; Qu'elle a du sens commun pour se connoîtreà tout; Que chez elle on se peut former quelque bon goût; Et que l'esprit du monde y vaut, sans flatterie , Tout le savoir obscur de la pédanterie.
TRISSOTIN
De son bon goût, monsieur, nous voyons des effets.
CLITANDRE
Où voyez-vous, monsieur, qu'elle l'ait si mauvais ?