‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 224 sur 433 · TRI S S O T I N · texte numérisé non relu

TRI S S O T I N

Ce que je vois, monsieur ? C'est que pour la science Rasius et Baldus font honneur à la France ; Et que tout leur mérite exposé fort au jour, N'attire point les yeux et les dons de la cour.

Je vois votre chagrin , et que , par modestie , Vous ne vous mettez point, monsieur, de la partie ; Etpour ne vous point mettre aussi dans le propos, Que font-ils pour l'Etat vos habiles héros ? Qu'est-ce que leurs écrits lui rendent de service , Pour accuser la cour d'une horrible injustice ; Et se plaindre en tous lieux que sur leurs doctes noms Elle manque à verser la faveur de ses dons ? Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire ? Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire ? Il semble à trois gredins , dans leur petit cerveau, Que pour être imprimés et reliés en veau, Les voilà dans l'Etat d'importantes personnes ; Qu'avec leur plume ils font les destins des couronnes; Qu'au moindre petit bruit de leurs productions Ils doivent voir chez eux voler les pensions ; Que sur eux l'univers a la vue attachée; Que par-tout de leur nom la gloire est épanchée 3 Et qu'en science ils sont des prodiges fameux , Pour savoir ce qu'ont dit les autres avant eux,

A CTE IV. SCENE IV. 7Sç)

Pour avoir eu trente ans des yeux: et des oreilles, Pour avoir employé oeuf ou dix mille veilles A se bien barbouiller de grec et de latin, Et se charger l'esprit d'un ténébreux butin , De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres. Gens qui de leur savoir paroissent toujours ivres; Riches, pour tout mérite , en babil importun ; Inhabiles à tout; vuides de sens commun , Et pleins d'un ridicule et d'une impertinence A décrier par-tout l'esprit et la science.

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