TRISSOTIN, PHILAMINTE, CLITANDRE, ARMANDE, JULIEN
JULIEN
Le savant qui tantôt vous a rendu visite , Et de qui j'ai l'honneur d'être l'humble valet , Madame , vous exhorte à lire ce billet.
PHILAMINTE
Quelque important que soit ce qu'on veut que je lise , Apprenez , mon ami, que c'est une sottise VI. 24
37o LES FEMMES SAVANTES De se venir jeter au travers d'un discours ; Et qu'aux gens d'un logis il faut avoir recours , Afin de s'introduire en valet qui sait vivre.
JULIEN
Je noterai cela , madame , dans mon livre.
PHILAMINTE
Trlssotin s'est vanté , madame , quil épouse-* roit votre Jille. Je vous donne avis que sa philosophie n'en veut quà vos richesses , et que vous forez bien de ne point conclure ce mariage que vous n'ayez vu le poè'me que je compose contre lui. En attendant cette peinture où je prétends vous le dépeindre de toutes ses couleurs ,je vous envoie Horace , Virgile , Térence et Catulle , où vous verrez notés en marge tous les endroits quil a pillés.
Voilà , sur cet hymen que je me suis promis , Un mérite attaqué de beaucoup d'ennemis ; Et ce déchaînement aujourd'hui me convie A faire une action qui confonde l'envie , Qui lui fasse sentir que l'effort qu'elle fait , De ce qu'elle veut rompre , aura pressé l'effet.
( à Julien. ) Reportez tout cela sur l'heure à votre maître ; Et lui dites qu'afîn de lui faire connoître Quel grand état je fais de ses nobles avis , Et comme je les crois dignes d'être suivis ,
( montrant Trissotin. ) Dès ce soir , à monsieur je marierai ma fille.