ACTE II. SCENE VIII
tâcherez , par quelque autre voie , d'accommoder l'affaire. Vous savez ce que c'est que les procès en ce pays-ci , et vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines.
ARGANTE
Tu as raison , je le vois bien. Mais quelle autre voie ?
SCAPIN
Je pense que j'en ai trouvé une. La compassion que m'a donnée tantôt votre chagrin , m'a obligé de chercher dans ma tête quelque moyen pour vous tirer d'inquiétude ;, car je ne saurois voir d'honnêtes pères, chagrinés par leurs enfans , que cela ne m'émeuve ; et , de tout tems , je me suis senti pour votre personne une inclination particulière.
ARGANTE
Je te suis obligé.
J'ai donc été trouver le frère de cette fille qui a été épousée. C'est un de ces braves de profession , de ces gens qui sont tout coup d'épée, qui ne parlent que d'échiner, et ne font non plus de conscience de tuer un homme , que d'avaler un verre de vin. Je l'ai mis sur ce mariage , lui ai fait voir quelle facilité oilroit la raison de la violence pour le faire casser , vos prérogatives du nom de père , et l'appui VI 5
que vous donneroient auprès de la justice et Votre droit , et votre argent , et vos amis. Enfin , je l'ai tant tourné de tous les côtés , qu'il a prêté l'oreille aux propositions que je lui ai faites d'ajuster l'affaire pour quelque somme ; et il donnera son consentement à rompre le mariage , pourvu que vous lui donniez de l'argent.
ARGANTE
Hé , qu'a-t-il demandé ?
SCAPIN
Oh ! d'abord des choses par-dessus des maisons.
ARGANTE
Hé y quoi ?
SCAPIN
Des choses extravagantes.
ARGANTE
Mais encore ?
11 ne parloit pas moins que de cinq ou six cents pistoles.
ARGANTE
Cinq ou six cents fièvres quartaines qui le puissent serrer ! Se moque-t-il des gens ?
SCAPIN
C'est ce que je lui ai dit. J'ai rejeté bien loin de pareilles propositions , et je lui ai bien fait en^