ACTE II. SCENE Vlîï
tendre que vous n'éliez point une dupe., pour vous demander des cinq ou six cents pistoles. Enfin , après plusieurs discours , voici où s'est réduit le résultat de notre conférence. Nous voilà au tems , m'a-t-il dit , que je dois partir pour l'armée ; je suis après à m'équiper ,• et le besoin que j'ai de quelque argent, me fait consentir, malgré moi , à ce qu'on me propose, il me faut un cheval de service, et je n'en saurois avoir un qui soit tant soit peu raisonnable , à moins de soixante pistoles.
ARGANTE
Hé bien ! pour soixante pistoles , je lés donne, s c A p i N.
Il faudra le harnois et les pistolets , et cela ira bien à vingt pistoles encore.
ARGANTE
Vingt pistoles et soixante, ce seroit quatre-vingt.
Justement.
AEGANTE.
C'est beaucoup : mais , soit ; je consens à cela.
SCAPIN
Il lui faut aussi un cheval pour monter son valet , qui coûtera bien trente pistoles.
ARGANTE
Comment, diantre ? Qu'il se promène ; il n'aura rien du tout.
Monsieur !
AR GANTE
Non : c'est un impertinent.
SCAPIN
Voulez-vous que son valet aille à pied ?
ARGANTE
Qu'il aille comme il lui plaira, et le maître aussi*
SCAPIN
Mon Dieu , monsieur ! ne vous arrêtez point à peu de chose. N'allez point plaider , je vous prie ; et donnez tout , pour vous sauver des mains de la justice.
ARGANTE
Hé bien ! soit ; je me résous à donner encore ces trente pistoles.
Il me faut encore , a-t-il dit , un mulet pour porter
ARGANTE
Oh ! qu'il aille au diable avec son mulet. Cen est trop , et nous irons devant les juges.
SCAPIN
De grâce ! monsieur
ARGANTE
Non , je n'en ferai rien.