ACTE II. SCENE VIL 59i
ARGAN
Oh bien , bien , cela aura tout le loisir de se faire , quand vous serez mariés ensemble.
A NGÉLIQUE.
Hé , mon père î donnez-moi du tems , je vous prie. Le mariage est une chaîne où Ton ne doit jamais soumettre un cœur par force ; et si Monsieur est honnête homme , il ne doit point vouloir accepter une personne qui seroit à lui par contrainte.
THOMAS DIAFOIRUS
Nego consequentiam , Mademoiselle ; et je puis être honnêfe homme , et vouloir bien vous accepter des mains de Monsieur votre père.
ANGÉLIQUE
C'est un méchant moyen de se faire aimer do quelqu'un , que de lui faire violence.
THOMAS DIAFOIRUS
Nous lisons des anciens , Mademoiselle , que leur coutume étoit d'enlever par force de la maison des pères les filles qu'on menoit marier, afin qu'il ne semblât pas que ce fût de leur consentement qu'elles convoloient dans les bras d'un homme.
ANGÉLIQUE
Les anciens , Monsieur, sont les anciens , et nous sommes les gens de maintenant. Les grimaces ne sont point nécessaires dans notre
592 LE MALADE IMAGINAIRE, siècle : et quand un mariage nous plaît, nous sa* vonsfort bien y aller, sans qu'on y nous traîne. Donnez-vous patience ; si vous m'aimez, Monsieur, vous devez vouloir tout ce que je veux.
THOMAS DIAFOIRUS
Oui, Mademoiselle , jusqu'aux intérêts démon amour exclusivement.
AN GÉLIQU E.
Mais la grande marque d'amour , c'est d'être soumis aux volontés de celle qu'on aime.
THOMAS DIAFOIRUS
Distinguo , Mademoiselle. Dans ce qui ne regarde point sa possession , concedo ; mais dans ce qui la regarde , ne go.
toinette à Angélique.
Vous avez beau raisonner. Monsieur est frais émoulu du collège ; et il vous donnera toujours votre reste. Pourquoi tant résister , et refuser la gloire d'être attachée au corps de la faculté?
Elle a peut-être quelque inclination en tête.
AN G ÉLI QUE.
Si j'en avois, Madame , elle seroit telle que la raison et l'honnêteté pourroient me la permettre.
ARG A N
Ouais ! je joue ici un plaisant personnage !