‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 381 sur 433 · SCENE HT · texte numérisé non relu

SCENE HT

ARGAN, BERALDK

BERALDE..

Vous voulez bien , mon frère , que je vous demande , avant toute chose , de ne vous point échauffer l'esprit dans notre conversation.

ARGAN

Voilà qui est fait.

BERALDE.

De répondre , sans nulle aigreur, aux choses que je pourrai vous dire.

ARGAN

Oui.

BERALDE.

Et de raisonner ensemble sur les affaires dont nous avons à parler, avec un esprit détaché de toute passion.

ARGAN

Mon Dieu! oui. Voilà bien du préambule !

BE R A L DE

D'où, vient , mon frère , qu'ayant le bien que vous avez , et n'ayant d'cnfaus qu'une tille, car je ne compte pas la petite ; d'où vient, dis-je, que vous parlez de la mettre dans un couvent?

6i6 LE MALADE IMAGINAIRE.

ARG AN

D'où vient , mon frère, que je suis maître dans ma famille , pour faire ce que bon me semble ?

BERALDE.

Votre femme ne manque pas de vous conseiller de vous défaire ainsi de vos deux filles ; et je ne doute point que , par un esprit de charité , elle ne fût ravie de les voir toutes deux bonnes religieuses.

ARGAN

Or çà , nous y voici. Voilà d'abord la pauvre Femme en jeu. C'est elle qui fait tout le mal, et tout le monde lui en veut.

BERALDE.

Non , mon frère ; laissons-la là : c'est une femme qui a les meilleures intentions du monde pour votre famille , et qui est détachée de toute sorte d'intérêt ; qui a pour vous une tendresse merveilleuse , et qui montre pour vos enfans une affection et une bonté qui n'est pas concevable ; cela est certain. N'en parlons point, et revenons à votre fille. Sur quelle pensée , mon frère, la voulez-vous donner en mariage au fils d'un médecin ?

ARGAN

Sur la pensée , mon frère , de me donner un gendre tel qu'il me faut.

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