VI
CÉRONTE.
Ah ! le pendard de Turc ! m'assassiner de la façon !
SCAPIN
C'est à vous , monsieur , d'aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.
\ GÉRONTE
Que diable allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN
Il ne songeait pas à ce qui est arrivé.
Va-t-en , Scapin , va-t-en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui. SCAPIN.
La justice en pleine mer ! Vous moquez- vous
des gens ?
GÉRONTE
Que diable alloit-il faire dans cette galère ?
SCAPIN
Une. méchante destinée conduit quelquefois les personnes.
GÉRONTE
11 faut , Scapin , il faut que tu fasses ici l'action d'un serviteur fidèle.
SCAPIN
Quoi , monsieur ?
GÉRONTE
Que tu ailles dire à ce Turc qu'il me renvoyé
ACTE IL SCENE XI. 83 mon fils , et que tu te mettes à sa place jusqu'à ce que j'aye amassé la somme qu'il demande.
SCAPIN
Hé ! monsieur , sôngez-vous à ce que vous dites , et vous figurez-vous que ce Turc ait si peu de sens, que d'aller recevoir un misérable comme moi à la place de votre fils ?
Que diable alloit-il faire dans cette galère ?
SCAPIN
Il ne devinoit pas ce malheur. Songez , monsieur , qu'il ne m'a donné que deux heures.
GÉRONTE
Tu dis qu'il demande ? . . .
SCAPIN
Cinq cents écus.
GÉRONTE
Cinq cents écus ! N'a-t-il point de conscience ?
SGAPIN.
Vraiment oui , de la conscience à un Turc !
GÉRONTE
Sait-il bien ce que c'est que cinq cents écus ?
SCAPIN
Oui , monsieur ; il sait que c'est mille cinq cents livres.
GÉRONTE
Croit-il , le traître , que mille cinq cents livres se trouvent dans le pas d'un cheval ?
Ce sont des gens qui n'entendent point de raison.
GÉRONTE
Mais que diable alloit-il faire dans cette galère ?
SCAPIN
Il est vrai. Mais quoi ? on ne prévoyoit pas les choses. De grâce , monsieur , dépêchez.
GÉRONTE
Tiens , voilà la clef de mon armoire.
SCAPIN
Bon.
GÉRONTE
Tu l'ouvriras.
SCAPIN
Fort bien.
GÉRONTE
Tu trouveras une grosse clef du côté gauche ,' qui est celle de mon grenier.
SCAPIN
Oui.
GÉRONTE
Tu iras prendre toutes les hardes qui sont dans