ACTE II. SCENE XL
cette grande manne , et tu les vendras aux fripiers pour aller racheter mon fils.
scapin en lui rendant la clef.'
Eh ! monsieur , rêvez-vous ? Je n'aurois pas cent francs de tout ce que vous dites ; et de plus , vous savez le peu de tems qu'on m'a donné.
GÉRONTE
Mais que diable alloit-il faire dans cette galère ?
SCAPIN
Oh ! que de paroles perdues ! Laissez là cette galère , et songez que le tems presse , et que vous courez risque de perdre votre fils. Hélas ! mon pauvre maître ! peut-être que je ne te? verrai de ma vie , et qu'à l'heure que je parle, on t'emmène esclave en Alger. Mais le ciel me sera témoin que j'ai fait pour toi tout ce que j'ai pu ; et que , si tu manques à être racheté , il n'en faut accuser que le peu d'amitié d'un père.
GÉRONTE
Attends , Scapin , je m'en vais quérir cette somme.
SCAPIN
Dépêchez donc vite, monsieur; je tremble quel'heure ne sonne.
GÉRONTE
N'est-ce pas quatre cents écus que tu dis ?
SC A PIN
Non. Cinq cents écus.
GÉRONTE
Cinq cents écua !
SCAPIN
Qui.
GÉRONTE
Que diable alloit-il faire dans cette galère ?
SCAPIN
Vous avez raison : niais hâtez-vous.
GÉRONTE
N'y avoit-il point d'autre promenade ?
SCAPIN
Cela est vrai : mais faites promptement.
GÉRONTE
Ah ! maudite galère !
scapin à part.
Cette galère lui tient au cœur.
GÉRONTE
Tiens , Scapin , je ne me souvenois pas que je
viens justement de recevoir cette somme en
or , et je ne croyois pas qu'elle dût m'être sitôt
ravie.
( tirant sa bourse de sa poche , et la présentant
à Scapin. ) Tiens ; va-t-en racheter mon fils.
scapin tendant ta main.
Oui , monsieur.