Scène dernière
Plus la vengeance a de quoi plaire aux hommes , Plus il sied bien aux Dieux de pardonner , etc. etc. €tc.
Nous ne le dissimulerons point , le principal honneur de cette tragédie-ballet dut appartenir à Corneille 5 et Molière étoit assez grand pour n'en être pas jaloux. Nous trouverons peu de traits dans ce qui appartient à notre auteur , qu'on puisse mettre à côté de ceux qu'on vient de citer. Une action héroïque et tournée entièrement vers l'amour, ne pouvoit donner qu'un fbible exercice au vrai talent de Molière. L'amusement de son maître étoit ici son objet beaucoup plus que sa propre gloire.
Pour Quinault , s'il n'eût été connu que par les intermèdes de Psiché , il eût été peu digne de la place de l'académie f rançoise qu'il venoit d'obtenir : mais il étoit l'auteur de la Mère Coquette , et il avoit eu dans le genre tragique plus d'un de ces succès du moment, qui sont toujours comptés par la génération qui en a été témoin.
La fameuse satire dixième de Despréaux , où ce satirique verse le mépris sur les lieux communs de morale lubrique dont Quinault remplissent ses vers , n'est vraiment injurieux pour cet auteur , que parce qu'elle est postérieure à ses grands opéras , où le talent de traiter les passions , l'art de la scène, et celui de la cadence harmonieuse des vprtf dévoient un peu désarmer la critique : mais , »i
ï3a AVERTISSEMENT
cette satire eût été faite lors des intermèdes de Psiché , la censure eût été moins injuste , parce qu'ils n'offrent que ces lieux communs dont le goût et la raison peuvent à bon droit murmurer. Nous croyons devoir en rapporter ici quelques exemples pour justifier notre remarque.
N'oubliez rien de ce qu'il faut;
Quand l'amour presse , On n'a jamais fait assez tôt.
Que peut-on mieux faire
Qu'aimer et que plaire î
C'est un soin charmant
Que l'emploi d'un amant.
Voulez-vous des douceurs parfaites ;
Ne les cherchez qu'au fond des pots , etc. etc.
Despréaux , sans doute , se ressouvint trop longtems de ces premiers essais de Quinault dans le genre lyrique , et son tort fut de penser encore sur cet auteur, ce qu'il a voit eu raison d'en penser a3 ans auparavant aux représentations de Psiché.
A l'égard du plan de l'ouvrage , dont on ne doit mettre les fautes que sur le compte de Molière , ccHiinc le dit M. de la Motte dans son examen d»
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Yopéra de Psiché (1) , nous croyons devoir le défendre contre deux remarques critiques de ce bel esprit.
I?oracle qui , en apparence , condamne Psiché , se reW efa/7.s Molière à propos de rien , dit-il 5 ce* oracle capricieux se rend sans qu'on ait sujet de s"1 assembler dans le Temple j ni même qiPonen ait parlé. Si M. de la Motte avoit jeté les yeux sur le prologue qu'il a sans doute jugé aussi étranger au poëme que les prologues d'opéra : s'il avoit vu que celui de la Psiché de Molière fait partie de l'action , il auroit compris , par les ordres que Vénus donne à son fils de ne point reparoître avant de l'avoir vengée , que l'amour n'a pas un instant à perdre pour enlever Psiché a.ux fureurs de sa mère.
C'est donc ce Dieu qui inspire au père de la princesse la curiosité de consulter l'oracle , c'est ce Dieu qui dicte l'oracle , et qui ordonne le sacrifice de Psiché j pour satisfaire , en apparence, le courroux de Vénus , et pour se rendre possesseur de la beauté qu'il aime. L'oracle ne se rend donc point à propos de rien , et la preuve qu'il est lié à l'action générale , c'est que Vénus , à la scène cinquième du cinquième acte , reproche à son fils ce même oracle.
Vous avez contre moi séduit les immortels :
(i) M. de la Motte croyoit cet opéra doQuinault, et s'il eut su qu'il étoit de son ami M. de Fontenello , il l'cûl élevé encore davantage au-dessus de l'ouvrage de Molière.
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C'est par vous qu'à mes yeux les Zéphirs l'ont cachée ; Qu'Apollon même suborné , Par un oracle adroitement tourné , Me l'avoit si bien arrachée , Que , etc.
La seconde observation de M. de la Motte regarde la tranquillité naïve de Psiché , que la jalouse inquiétude de ses sœurs ne trouble qu'avec peine. Il ne conçoit pas qu'après les soupçons qu'on vient de présenter à la plus heureuse des amantes , elle puisse répondre comme elle fait , avec l'enthousiasme du véritable amour, qu'importe ! Il la compare , à cet égard, avec peu de goût, au sans-souci i d'Esope , et croit que sa tendre confiance blesse la nature.
Ce n'étoit pas à M. de la Motte à donner des leçons sur ce point , ni à Corneille , ni à Molière^
Cette défense de la tragédie-ballet de Psiché ne nous fait pas illusion sur ses véritables défauts , et Ton ne peut qu'applaudir au jugement qu'en porte M. de Voltaire , lorsqu'il dit que Psiché n'est pas •une excellente pièce , que les derniers actes en sont languissans , mais que la beauté du sujet , les ornemens dont elle fut embellie , et la dépense royale qu'on fit pour ce spectacle , firent pardonner ses défauts.
Cet ouvrage , disent les historiens du Théâtre- François , a été repris plusieurs fois , mais la plus brillante de ces reprises est celle du premier juin
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1703. Le jeune baron , fils , et mademoiselle Desmares , tous deux d'une figure inîéressante , ions deux remplis l'un pour l'autre des feux de l'amour et de Psicbé , ajoutèrent encore aux sentimens tendres de cette pièce ceux dont leurs âmes étoient vraiment échauffées.
ACTEURS