‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 81 sur 433 · ACTE I. SCENE I. i5r · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE I. i5r

Pour moi , j'en suis souvent jusqu'à verser des larmes. Tout plaisir, tout repos, par-là m'est arraché ; Contre un pareil malheur ma constance est sans armes» Toujours à ce chagrin mon esprit attaché, Me tient devant les yeux la honte de nos charmes ,

Et le triomphe de Psiché.

La nuit , il m'en repasse une idée éternelle ,

Qui sur toute chose prévaut.

Rien ne me peut chasser cette image cruelle; Et,dès qu'un doux sommeil me vient délivrer d'elle,

Dans mon esprit, aussitôt,

Quelque songe la rappelle v

Qui me réveille en sursaut.

CIDIPPE.

Ma sœur , voilà mon martyre.

Dans vos discours je me voi ; Et vous venez-là de dire Tout ce qui se passe en moi.

AGL A URE.

Mais encor , raisonnons un peu sur cette affaire. Quels charmes si puissans en elle sont épars ? Et par où, dites-moi, du grand secret de plaire5 L'honneur est-il acquis à ses moindres regards?

Que voit-on dans sa personne ,

Poux inspirer tant d'ardeurs î

Quel droit de beauté lui donne

L'empire de tous les cœurs ?

Elle a quelques attraits, quelque éclat de jeunesse , On en tombe d'accord, je n'en disconviens pas; Mais lui cède-t-on fort pour quelque peu d'aînesse,

Et se voit-on sans appas ?

Est-on d'une figure à faire qu'on se raille ? 2Sf*a-t on point quelques traits et quelques agrémens, Quelque teint,quelquesyeux,quelque air et quelque taille, A pouvoir dans nos fers jeter quelques amans ?

Ma sœur , faites-moi la grâce

De me parler franchement :

Suis-je faite d'un air, à votre jugement, Que mon mérite au sien doive céder la place?

Et , dans quelque ajustement ,

Trouvez-vous qu'elle m'eflace ?

c i di p p e.

Qui? vous, ma sœur? nullement.

Hier à la chasse , près d'elle ,

Je vous regardai long-tems ,

Et , sans vous donner d'encens ,

Vous me parûtes plus belle.

Mais,moi,dites,ma sœur,sans me vouloir flatter, Sont-ce des visions que je me mets en tête , Quand je me crois taillée à pouvoir mériter

La gloire de quelque conquête ?

Vous, ma sœur? Vous avez, sans nul déguisement

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