SCENE PREMIERE
AGLAURE, CIDIPPE.
AGLAURE
Î.L est des maux , ma sœur, que le silence aigrît, Laissons , laissons parler mon chagrin et le vôtre,
Et de nos cœurs , l'une à l'autre ,
Exhalons le cuisant dépit.
Nous nous voyons sœurs d'infortune ; Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport , Que nous pouvons mêler toutes les deux en une*
Et , dans notre juste transport 3
i5o PBICH E.
Murmurer à plainte commun© Des cruautés de notre sort.
Quelle fatalité seerette , Ma sœur , soumet tout l'univers Aux attraits de notre cadette ; Et, de tant $$ Pr|iices divers Qu'en ces lieux la fortune jette , N'en présente aucun à nos fers?
Quoi! voir de toutes parts, pour lui rendre les armes, Les cœurs se précipiter, Et passer devant nos charmes , Sans s'y vouloir arrêter!
Quel sort ont nos yeux en partage , Et qu'est-ce qu'ils ont fait aux Dieux , De ne jouir d'aucun hommage Parmi tous ces tributs de soupirs glorieux , Dont le superbe avantage Fait triompher d'autres yeux ?
Est-il pour nous, ma sœur, de plus rudes disgrâces, Que de voir tous les cœurs mépriser nos appas j Et l'heureuse Psiché jouir avec audace D'une foule d'amans attachés à ses pas ?
Ah ! ma sœur, c*est une aventure A faire perdre la raison :
Et tous les maux de la nature Ne sont rien en comparaison.