HIACINTE ; OCTAVE , SCAPIN , SILVESTRE
HIACINTE.
Ah ! Octave , est-il vrai ce que Silvestre vient de dire à Nérine que votre père est de retour, et qu'il veut vous marier ?
OCTAVE
Oui . belle Hiacinte ; et ces nouvelles m'ont donné une atteinte cruelle. Mais , que vois-je ? vous pleurez! Pourquoi ces larmes FMesonpçonnez-vous, dites-moi , de quelque infidélité, et n'étes-vous pas assurée de l'amour que j'ai pour vous ?
HIACINTE.
Oui, Octave , je suis sûre que vous m'aimes • mais je ne le suis pas que vous m'aimiez toi: jours.
s6 LES FOURBERIES DE SCAPIN.
OCTAVE
Eh ! peut-on vous aimer, qu'on ne vous aime toute sa vie ?
HIACINTE.
J'ai oui dire, Octave, que votre sexe aime moins long-tems que le nôtre, et que les ardeurs que les hommes font voir , sont des feux qui s'éteignent aussi facilement qu'ils naissent.
Ah ! ma chère Hiacinte , mon cœur n'est donc pas fait comme celui des autres hommes , et je sens bien , pour moi , que je vous aimerai jusqu'au tombeau.
HIACINTE.
Je veux croire que vous sentez ce que vous dites , et je ne doute point que vos paroles ne soient sincères ,• mais je crains un pouvoir qui combattra dans votre cœur les tendres sentimens que vous pouvez avoir pour moi. Vous dépendez d'un père qui veut vous marier aune autre personne, et je suis sûre que je mourrai si ce malheur m'arrive. *
OCTAVE
Non , belle Hiacinte , il n'y a point de père qui puisse me contraindre à vous manquer de foi ,et je me résoudrai à quitter mon pays et le jour même, s'il est besoin, plutôt qu'à vous quitter. J'ai déjà pris , sans l'avoir vue , une aversion effroyable pour celle que l'on me destine; et ,