‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 8 sur 433 · ACTE I. SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE II

OCTAVE

Après quelques paroles, dont je tachai d'adoucir la douleur de cette charmante affligée, nous sortîmes de là ; et demandant à Léandre ce qu'il lui sembloit de cette personne, il me répondit froidement qu'il la trouvoit assez jolie. Je fus piqué de la froideur avec laquelle il m'en parloit , et je ne voulus point lui découvrir reflet que ses beautés avoient fait sur mon ame.

silvestre à Octave.

Si vous n'abrégez ce récit, nous en voilà pour jusqu'à demain. Laissez-le moi finir en deux mots. ( à Scapin. ) Son cœur prend feu dès ce moment ; il ne sauroit plus vivre qu'il n'aille consoler son aimable affligée. Ses fréquentes visites sont rejetées de la servante , devenue la gouvernante par le trépas de la mère. Voilà mon homme au désespoir ; il presse , supplie , conjure : point d'affaire. On lui dit que la fille, quoique sans bien et sans appui , est de famille honnête ; et qu'à moins que de l'épouser , on ne peut souffrir ses poursuites. Voilà son amour augmenté parles difficultés. Il consulte dans sa tête , agite , raisonne , balance , prend sa résolution : le voilà marié avec elle depuis trois jours.

SCAPIN

J'entends.

SILVESTRE

Maintenant, mets avec cela le retour imprévu du père, qu'on n'attendoit que dans deux mois; la découverte que l'oncle a faite du secret de notre mariage , et l'autre mariage qu'on veut faire de lui avec la fille que le Seigneur Géronte a eue d'une seconde femme qu'on dit qu'il a épousée à Tarente.

OCTAVE

Et par-dessus tout cela, mets encore l'indigence où se trouve cette aimable personne , et l'impuissance où je me vois d'avoir de quoi la secourir.

SCAPIN

Est-ce-là tout ? Vous voilà bien embarrassés tous deux pour une bagatelle ! c'est bien-là de quoi se tant alarmer ! N'as-tu point de honte , toi , de demeurer court à si peu de chose ? Que diable ! te voilà grand et gros comme père et mère ; et tu ne saurois trouver dans ta tête , forger dans ton esprit quelque ruse galante , quelque honnête petit stratagème , pour ajuster vos affaires ? Fi : peste soit du butor ! Je voudrois bien que l'on m'eût donné autrefois nos vieillards à duper! je les aurois joués tous deux par -dessous la jambe: et je n'étois pas plus grand que cela , que je me sigualois déjà par cent tours d'adresse jolis,

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