‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 90 sur 433 · ACTE I. SCENE ill · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE ill

Est sans doute, madame , un aveu téméraire ;

Mais tant de cœurs, près du trépas , Sont, par de tels aveux, forcés à vous déplaire , Que vous êtes réduite à ne les punir pas

Des foudres de votre colère.

Vous voyez en nous deux amis Qu'un d oux rapport d'humeurs sut joindre dès l'enfance; Et ces tendres liens se sont vus affermis Par cent combats d'estime et de reconnoissance. Du destin ennemi les assauts rigoureux, Les mépris de la mort , et l'aspect des supplices , Par d'illustres éclats de mutuels offices , Ont de notre amitié signalé les beaux nœuds ; Mais, à quelques essais qu'elle se soit trouvée,

Son grand triomphe est en ce jour; Et rien ne fait tant voir sa constance éprouvée , Que de se conserver au milieu de l'amour. Oui , malgré tant d'appas, son illustre constance , Aux loix qu'elle nous fait a soumis tous nos vœux; Elle vient , d'une douce et pleine déférence , Remettre à votre choix le succès de nos feux ; Et , pour donner un poids à notre concurrence , Qui des raisons d'état entraîne la balance

Sur le choix de l'un de nous deux , Cette même amitié s'offre , sans répugnance , D'unir nos deux états au sort du plus heureux.

Oui, de ces deux états , madame , VI. il

t&i PSI C H E.

Que sous votre heureux choix nous nous offrons d'unir,

Nous voulons faire à notre flamme

Un secours pour vous obtenir.

Ce que , pour ce bonheur, près du roi votre père ,

Nous nous sacrifions tous deux , N'a rien de difficile à nos cœurs amoureux ; Et c'est au plus heureux faire un don nécessaire

D'un pouvoir dont le malheureux ,

Madame , n'aura plus affaire.

Le choix quevous m'offreZjPrinceSjmontre à mes yeux, De quoi remplir les vœux de l'ame la plus fière ; Et vous me le parez tous deux d'une manière Qu'on ne peut rien offrir qui soit plus précieux. Vos feux, votre amitié , votre vertu suprême , Tout me relève en vous l'offre de votre foi , Et j'y vois un mérite à s'opposer lui-même

A ce que vous voulez de moi.

Ce n'est pas à mon cœur qu'il faut que je défère ,

Pour entrer sous de tels liens ; Ma main, pour se donner, attend Tordre d'un père , Etmes sœurs ont des droits qui vont devantlesmiens. Mais, si l'on me rendoit sur mes vœux absolue , Vous y pourriez avoir trop de part à la fois ; Et toute mon estime , entre vous suspendue , Ne pourroit sur aucun laisser tomber mon choix.

A l'ardeur de votre poursuite ,

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