ACTE I. SCENE III. i
Je répondrois assez de mes vœux les plus doux;
Mais c'est , parmi tant de mérite , Trop que deux cœurs pour moi, trop peu qu'un cœur pour vous. De mes plus doux souhaits j'aurois lame gênée ,
A l'effort de votre amitié ; Et j'y vois l'un de vous prendre une destinée
A me faire trop de pitié.
Oui, Princes , à tous ceux dont l'amour suit le vôtre, Je vous préférer ois tous deux avec ardeur ;
Mais je n'aurois jamais le cœur De pouvoir préférer l'un de vous deux à l'autre.
A celui que je choisirois.
Ma tendresse feroit un trop grand sacrifice ; Et je m'imputerois à barbare injustice ,
Le tort qu'à l'autre je fer ois.
Oui j tous deux vous brillez de trop de grandeur d'ame,
Pour en faire aucun malheureux ; Et vous devez chercher dans l'amoureuse flamme,
Le moyen d'être heureux tous deux.
Si votre cœur me considère Assez pour me souffrir de disposer de vous ,
J'ai deux sœurs capables de plaire , Qui peuvent bien vous faire un destin assez doux ; Et l'amitié me rend leur personne assez chère
Pour vous souhaiter leurs époux.
CLEOMENE.
Un cœur dont l'amour est extrême, Peut-il bien consentir hélas!
D'être donné par ce qu'il aime ?
il *
Sur nos deux cœurs, madame, à vos divins appas Nous donnons un pouvoir suprême ; Disposez - en pour le trépas :
Mais pour une autre que vous-même ,
Ayez cette bonté , de n'en disposer pas.
AGENOR.
Aux Princesses, madame, on feroittrop d'outrage; Et c'est , pour leurs attraits , un indigne partage ,
Que les restes d'une autre ardeur.
Il faut d'un premier feu la pureté fidelle ,
Pour aspirer à cet honneur
Où votre bonté nous appelle ;
Et chacune mérite un cœur
Qui n'ait soupiré que pour elle.
AGLAURE
Il me semble , sans nul courroux , Qu'avant que de vous en défendre , Princes, vous deviez bien attendre Qu'on se fût expliqué sur vous.
Nous croyez-vous un cœur si facile et si tendre?
Et, lorsqu'on parle ici de vous donner à nous, Savez-vous si l'on veut vous prendre ?
Je pense que l'on a d'assez hauts sentimens Pour refuser un cœur qu'il faut qu'on sollicite, Et qu'on ne veut devoir qu'à son propre mérite La conquête de ses amans.
ACTEI. SCENE IV. i65
J'ai cru pour vous,mes sœurs,une gloire assez grande, Si la possession d'un mérite si haut