‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 95 sur 433 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

LE ROI, PSICHÉ, AGLAURE, CIDIPPE, LYCAS , Suite.

PSICHÉ

De vos larmes , Seigneur , la source m'est bien chère; Mais c'est trop aux bontés que vous avez pour moi, Que de laisser régner les tendresses de père ,

Jusque dans les yeux d'un grand roi.

Ce qu'on vous voit ici donner à la nature , Au rang que vous tenez5Seigneur,faittrop d'injure; Et j'en dois refuser les touchantes faveurs. Laissez moins 3 sur votre sagesse , Prendre d'empire à vos douleurs , *

Et cessez d'honorer mon destin par des pleurs Qui dans le cœur d'un roi montrent de lafoiblesse.

LE ROI

Ah! ma fille, à ces pleurs laisse mes yeux ouverts. Mon deuil est raisonnable, encor qu'il soit extrême • Et lorsque pour toujours on perd ce que je perds ,

La sagesse, crois-moi, peut pleurer elle-même.

En vain l'orgueil du diadème Veut qu'on soit insensible à ces cruels revers ; En vain de la raison les secours sont offerts Pour vouloir d'un œil sec voir mo urir ce qu 'on aime; L'effort en est barbare aux yeux de l'univers , Et c'est brutalité plus que vertu suprême. Je ne veux point , dans cette adversité , Parer mon cœur d'insensibilité , Et cacher l'ennui qui me touche.

Je renonce à la vanité De cette dureté farouche , Que l'on appelle fermeté ; Et, de quelque façon qu'on nomme Cette vive douleur dont je ressens les coups , Je veux bien l'étaler , ma fille4 aux yeux de tous , Et dans le cœur d'un roi montrer le cœur d'un homme.

Je ne mérite pas cette grande douleur; Opposez, opposez un peu de résistance

Aux droits qu'elle prend sur un cœur Dont mille événemens ont marqué la puissance. Quoi ! faut-il que pour moi vous renonciez, Seigneur,

A cette royale constance Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur, Une fameuse expérience ?

LE ROI

La constance est facile en mille occasions. Toutes les révolutions

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