‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 96 sur 433 · ACTE II. SCENE I. i · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE I. i

Où nous peut exposer la fortune inhumaine , La perte des grandeurs , les persécutions , Le poison de l'envie , et les traits de la haine , ' N'ont rien que ne puissent , sans peine , Braver les résolutions D'une ame où la raison est un peu souveraine. Mais ce qui porte des rigueurs A faire succomber les cœurs Sous le poids des douleurs amères, Ce sont, ce sont les rudes traits De ces fatalités sévères Qui nous enlèvent pour jamais Les personnes qui nous sont chères.

La raison , contre de tels coups , N'offre point d'armes secourables ; Et voilà , des Dieux en courroux , Les foudres les plus redoutables Qui se puissent lancer sur nous.

PS i c h É.

Seigneur , une douceur ici vous est offerte : Votre hymen a reçu plus d'un présent des Dieux ;

Et , par une laveur ouverte , Ils ne vous ôtent rien } en m'ôtant à vos yeux , Dont ils n'ayent pris soin de réparer la perte. Il vous reste de quoi consoler vos douleurs ; Et cette loi du ciel , que vous nommez cruelle ,

Dans les deux Princesses mes sœurs ,

Laisse à l'amitié paternelle

Ou placer toutes ses douceurs.

LE ROI

Ah! de mes maux soulagement frivole!

Rien , rien ne s'offre à moi qui de toi me console. C'est sur mes déplaisirs que j'ai les yeux ouverts;

Et , dans un destin si funeste ,

Je regarde ce que je perds ,

Et ne vois point ce qui me reste.

Vous savez mieux que moi qu'aux volontés des Dieux,

Seigneur , il faut régler les nôtres ; Et je ne puis vous dire , en ces tristes adieux, Que ce que beaucoup mieux vous pouvez dire aux autres.

Ces Dieux sont maîtres souverains

Des présens qu'ils daignent nous faire ;

Ils ne les laissent dans nos mains

Qu'autant de tems qu'il peut leur plaire.

Lorsqu'ils viennent les retirer,

On n'a nul droit de murmurer Des grâces que leur main ne veut plus nous étendre, Seigneur, je suis un don qu'ils ont fait à vos vœux ; Et quand, par cet arrêt, ils veulent me reprendre, Ils ne vous ôtent rien que vous ne teniez d'eux , Et c'est sans murmurer que vous devez me rendre*

LE ROI

Ah ! cherche un meilleur fondement Aux consolations que ton cœur me présente ; Et , de la iàusseté de ce raisonnement ,

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