ACTE I, SCENE II. io
que j'ai dit ) ; c*est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent! Pensez-vous que pour être de qualité, pour avoir une perruque blondç et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu ( ce n'est pas à vous que je parle , c'est à l'autre); pensez-vous, dis-je, que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et qu'on n'ose vous dire.vos vérités? Apprenez de moi, qui suis votre valet , que les libertins ne font jamais une bonne fin, et que....
D. JUAN
Paix.
SGANARELLE
De quoi est-il question ?
D. j u A If .
Il est question de te dire qu'une bes^uté me tient au cœur, et qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie, jusqu'en cette ville.
SGAir AEELLE.
Et ne craignez-vous rien, monsieur, de |a mort de ce commandeur que vous tuâtes il y a six mois ?
D. JUAW.
Et pourquoi craindre? Ne l'ai-je pas bien tué?
SGArrARELLE.
Fort bien , le mieux du monde , et il auroit tort de se plaind;re.
D. JUAN
J'ai eu ma grâce de cette affaire.
2o6 LE FESTIN DE PIERRE,
SGANARELLE
Oui ; mais cette grâce n'éteint pas peut - être le ressentiment des paren&et des amis, et»...
D. JTTAir.
Ah! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser, et le hasard me fit voir ce couple d'amans trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contentes Tune de l'autre, et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l'émotion ; j'en fus frappé au cœur, et mon amour commença par ]a jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet attachement, dont la délicatesse de mon cœur se tenoit offensée; mais, jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler sa maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour , et j'ai une petite barque, et des gens, avec quoi, fort facilement, je prétends enlever la belle.
SGANARELLE
Ah! monsieur....