ACTE I, SCENE IL 3o
belle personne; et j!ai, sur ce sujet, l'ambition des conquérans, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs, je me sens un cœur à aimer toute la terre; et, comme Alexandre, je souhaiterois qu'il y eût d'autres mondes^ pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.
SGANARELLE
Vertu de ma vie, comme vous débitez ! Il semble que vous ayez appris cela par cœur , et vous parlez tout comme un livre.
D. JUAIV.
Qu'as-tu à dire là-dessus ?
SGAir ARELLE.
Ma foi, j'ai à dire.... Je ne sais que dire; car vous tournez les choses d'une manière , qu'il semble que vous ayez raison ; et cependant il est vrai que vous ne l'avez pas. J'avois les plus* belles pensées du monde $ et vos discours m'ont brouillé tout cela. Laissez faire; une autre fois je mettrai mes raisonnemens par écrit, pour disputer avec vous.
». JUAir.
Tu feras bien.
SGANARELLE
Mais, monsieur, cela seroit-il de la permission que vous m'avez donnée , si je vous di'sois que je suis tant soit peu scandalisé de la vie que vous menez?
Comment! quelle vie est-ce que je mène?
ao4 LE FESTIN DE PIERRE,
ÇGAICARËLLE.
Fort bonne. Mais, par exemple, deyousvoir tous les mois tous marier comme vous faites.
I>. JUAN
Y a-t-il rien de plus agréable ?
SGANAIIELLE.
Il est vrai. Je conçois que cela est fort agréable et fort divertissant, et je m'en accommoderois assez, moi, s'il n'y avoit point de mal; mais, monsieur^ se jouer ainsi du mariage, qui....
D. JUAN
Va , va , c'est une affaire que je saurai bien démêler, sans que tu t'en mettes en peine.
SGANARELLE
Ma foi, monsieur, vous faites une méchante raillerie.
D. JUAN
Holà , maître sot ! Vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de^ remontrances.
Je ne parle pas aussi à vous ; Dieu m'en garde 1 Vous savez ce que vous faites, vous, et, si vous êtes libertin, vous avez vos raisons; mais il y a de certains petits impertinens dans le monde qui le sont sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts, parce qu'ils croient que cela leur sied bien; et, si j'avois un maître comme cela , je lui dirois nettement , le regardant en face : C'est bien à vous , petit ver de terre , petit mirmidon que vous êtes ( je parle au maître