‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 158 sur 310 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

Votre dessein est-il d'aller dti côté de la ville?

». CARLOS

. Oui, mais sans y -vouloir entrer; et nous nous voyons obliges, mon frère et moi, à tenir la campagne pour une de ces fâcheuses affaires qui Feduisent les gentilshommes à se sacrifier , eux et leur famille, à la sévérité de leur honneur, puisque enfin }e plus doux succès en est toujours funeste, et que^ si l'on ne quitte pas la vie , on est contraint de quitter le royaume ; et c'est en quoi.je trouve la condition d'un gentilhomme malheureuse , de ne pouvoir point s'assurer sur toute la prudence et toute l'honnêteté de sa conduite , d'être asservi par les lois de l'honneur au dérèglement de la conduite d'autrui, et de voir sa vie, son repos et ses biens, dépendre de la fantaisie du premier téméraire qui s'avisera de lui faire une de ces. injures pour qui un honnête homme doit périr..

©. JUA]sr% On a cet avantage, qu'on fait courir le même risque et passer aussi mal le temps à ceux qui prennent fantaisie de nous venir faire une offense de gaîté de cœur : mais ne seroit-ce point une indiscrétion quede vous demander quelle peut être votre qfTaire?

B. CARLOS

La chose en est aux termes de n'en plus faire d« secret ; et lorsque l'injure a une fois éclaté , notre honneur ne va point à vouloir cacher notre honte , mais à faire éclater notre vengeancte , et à publier

u46 LE FESTIN DE PIERRE,

même le dessein que nous en avons. Ainsi , monsieur , je ne feindrai point de vous dire que Tofifense que nous cherchons à venger, est une sœur séduite et enlevée d'un couvent, et que l'auteur de cette offense est un don Juan Tenorio, fils de don Louis Tenorio. Nous le cherchons depuis quelques jours, et nous l'avons suivi ce matin sur le rapport d'un valet, qui nous a dit qu'il sortoit à cheval, accompagné de quatre où cinq, et qu'il avoit pris le long de cette côte ; mais tous nos soins ont été inlitiles , et nous n'avons pu dé<!ouvrir ce qu'il est devenu.

t). JUAN.

Le connoissez-vous , monsieur, ce don Juan dont Vous parlez ?

D. CARLOS

Non, quant à moi. Je ne l'ai jamais vu, et je l'ai seulement ouï dépeindre à mon frère ; mais la renommée n'en dit pas force bien , et c'est un homme dont la vie....

D. JUAN

Arrêtez, monsieur , s'il vous plaît. Il est un peu de mes amis, et ce seroit à moi une espèce de lâcheté que d'en ouïr dire du mal.

D. CARLOS

Pour l'amour de vous, monsieur, je n'en dirai rien du tout. C'est bien la moindre chose que je vous doive , après m'avoir sauvé la vie , que de me tairfe devant vous d'une personne que vous connoissez , lorsque je ne puis en parler sans en dire du mal; mais, quelque ami que vous lui soyez, j'ose

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