‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 16 sur 310 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA PRINCESSE, AGLANTE, CINTHIE , ARISTO- MÈNE,THÉOCLE,EURIALE,PHILIS,ARBA'fE, MORON.

ARISTOMÈKE.

Reprochez-vous, madame , à nos justes alarmes

Ce péril dont tous deux avons sauvé vos charmes?

J'aurois pensé, pour moi, qu'abattre sous nos coups

Ce sanglier qui portoit sa fureur jusqu'à vous,

Étoit une aventure , ignorant votre chasse,

Dont à nos bons destins nous dussions rendre grâce;

Mais à cette froideur, je connois clairement

Que je dois concevoir un autre sentiment ,

Et quereller du sort la fatale puissance

Qui me fait avoir part à ce qui vous offense.

THEOGLE.

Pour moi, je tiens, madame, à sensible bonheur. L'action oii pour vous a volé tout mon cœur, Et ne puis consentir, malgré votre murmure, A quereller le sort d'une telle aventure.

D'un objet odieux je sais que tout déplaît ; Mais, dût votre courroux être plus grfind qu'il n'est, C'est extrême plaisir, quand l'amour est extrême, De pouvoir d'un péril afiranchir ce qu'on aime.

Et pensez- vous, seigneur, puisqu'il me faut parler.

. ACTE I, SCÈNE III. vj-

Qu'il çût eu, ce péril, de quoi tant m'ébranler ? QueFarcet quele dard, pourôdoi si pleins de charmes, Ne soient entre mes mains que d'inutiles armes? Et que je Ê^se enfin mes plus fréquens emplois De parcourir nos monts, nos plaines et nos bois, Pous n'oser, en chassant, concevoir l'espérance De suflSre, moi seule, à ma propre défense?

Certes, avec le temps, j'aurois bien profité De ces soins assidus dont je fais vanité , S'il falloit que mon bras, dans une telle quête. Ne pût pas triompher d'une chétive béte.

Du moins, si pour prétendre à de sensibles coups. Le commun de mon sexe est trop mal avec vous, D'un étage plus haut accordez-moi la gloire,^ Et me faites tous deux cette grâce de croire, Seigneurs, que, quel que fût le sanglier d'aujourd'hui , J'en ai mis bas, sans vous, de plus médians que lui.

TH^OCLE.

Mais, madame....

LA PRIirCESSE.

Eh bien ! soit. Je vois que votre envie Est de persuader que je vous dois la vie; J'y consens. Oui, ssmsvous, e'éloitËiit de mes jours. Je rends de tout mon cœur grâce à ce grand secours ; Et je vais de ce pas au prince, pour lui dire Les bontés que pour moi votre amour vous inspire.

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