ACTE III, SCENE Vil. a
D. JUABT.
Oui; mais ma passion est usée pour done Elvire, et l'engagement ne compatit point avec mon humeur. J'aime la liberté en amour, tu le sais, et je ne saurois me résoudre à renfermer mon cœur entre quatre murailles. Je te l'ai dit vingt fois , j'ai une pente naturelle à me laisser aller à tout ce qui m'attire. Mon cœur est à toutes les belles; et c'est à elles à Fe prendre tpur à tour, et à le garder tant qu'elles le pourront. Mais quel est le superbe édifice que je vois entre ces arbres ?
SGAKARELLE.
Vous ne le savez pas ?
D. 3UAN. '
Non vraiment.
SGANAKELIiE.
Bon ! c'est le tombeau que le Commandeur falsoit faire lorsque vous le tuâtes.
D. JUAir.
Ah ! tu as raison. Je ne savois pas que c'étoit de ce côté-ci qu'il étoit Tout le monde m'a dit des merveilles de cet ouvrage, aussi-bien que de la statue du Commandeur, et j'ai envie de l'aller voir.
SGAirÂRELLE.
Monsieur, n'allez point là.
JD. JUAN.
Pourquoi?
SGANAKELLE.
Cela n'est pas civil , d'aller voir un homme que vous avez tué.
Au contraire^ c*esl une visite dont je lui veux faire civilité, et qu'il doit recevoir de bonne grâce, s^ii est galant homme. Allons, entrons dedans*
• ( Le tomboBa »*oaYie , et Ton yoit la «tfttae da Comroandenr. )
SGANARILLE.^
Ah 9 que cela est beau ! les belles statues ! le beau marbre ! I^s beaux piliers ! Ah , que celgt est beau ! Qu'en dite^'vous , monsieur?
D. JUAir.
Qu^on ne peut voir aller plus loin l'ambition d'un homme mort ; et ce que je trouve admirable , c'est qu'un homme qui s'est passé durant sa vie d'une assez simple demeure , en veuille avoir une si magnifique , pour quand il n'en a plus que faire.
SGAJf ARELLIÎ.
Voici la statue du Commandeur.
D. JUAW.
Parbleu , le voilà bon avec son habit d'empereur romain.
S6ANARELLE.
Ma foi , monsieur, voilà qui est bien fiiit. Il semble qu'il est en vie , et qu'il s'en va parler. Il jette des regards sur nous qui me Croient peur si j'étois tout seul, et je pense qu'il ne prend pas plaisir de nous voir.
D. JUAIf.
Il auroit tort ; et ce seroit mal recevoir l'honneur que je lui fais. Demande^lui s'il veut venir souper avec moi.