ACTE IV, SCENE IX. ayi
ciel , et tâcher de vous retirer du précipice où vous courez. Oui, don Juan, je sais tous les déréglemens de votre vie; et ce mêlDfie ciel, qui m'a touché le cœur et fait jeter les yeux sur les égaremens de ma conduite, m'a inspiré de vous venir trouver, et de vous dire de sa part que vos offenses ont épuisé sa miséricorde, que sa colère redoutable est prête de tomber sui* vous , qu'il est en vous de. l'éviter par un prompt repentir , et que , peut-être , vous n'avez pas encore un jour à vous pouvoir soustraire au plus grand de tous les malheurs. Pour moi, je ne tiens plus à Vous par aucun attachement du monde. Je suis revenue , grâces au ciel , de toutes mes folles pensées; ma retraite est résolue , et je ne demande qu'assez de ;vie pour pouvoir expier la faute que j'ai faite, et mériter, par une austère pénitence , le pardon de l'aveuglement où m'ont plongée les transports d'une passion condamnable. Mais, dans cette retraite, j'aurqis une douleur extrême qu'une personne que j'^i chérie tendrement, devînt un exemple funeste de la justice du ciel; et ce me sera une joie incroyable, si je puis vous porter à détourner de dessus votre tête , l'épouvantable coup qui vous menace. De grâce, don Juan, accordez-moi, pour dernière feveur, cette douce consolation ; ne me refusez point votre salut, que je vous demande avec larmes; et, si vous n'êtes point touché de votre intérêt, soyez-le au moins de mes prières, et m'épargnez le cruel déplaisir de vous^voir condamner à des supplices éternels.
SGANARELLE, à pnt.
Pauvre femme !
D. ELVIRE
Je vous ai aimé avec une tendresse extrême; rien au monde ne m'a été si cher que vous ; j'ai oublié mon devoir pour vous ; j'ai fait toutes choses pour vous; et toute la récompense que je vous en demande, c'est de corriger votre vie, et de prévenir votre perte. Sauvez-vous, je vous prie, ou pour l'amour de vous, ou pour l'amour de moi. Encore une fois , don Juan , je vous le demande avec larmes ; et si ce n'est assez des larmes d'une personne que vous avez aimée*, je vous en conjure par tout ce qui est le plus capable de vous toucher.
SGANARELLE, a pari, regardant donJaan.
Cœur de tigre !
D. ELVIRE
Je m'en vais, après ce discours, et voilà tout ce que j'avois à vous dire.
D. JUAN
Madame , il est tard ; demeurez ici. On vous y logera le mieux qu'on pourra.
D. ELVIRE
ISfon, don Juan, ne me retenez pas davantage.
B. JUAW.
Madame , vous me ferez plaisir de demeurer , je vous assure.
D, ELVIRE
Non, vous dis-je, ne perdons point de temps en