ACTE V, SCENE IL a
ïfsté tant soit peu , je ne pardonnerai jamais , et garderai y tout doucemont , une haine irréconciliable. Je serai le vengeur de la vertu opprimée; et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d'impiété , et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets , qui , sans connoissance de cause » crieront contre eux , qui les accableront d'injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C'est ainsi qu'il faut profiter des foiblesses des hommes , et qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siècle.
SGANARELLE
O ciel , qu'ente)ids-je ici ! Il ne vous manquoit plus que d*être hypocrite pour vous achever de tout point, et voilà le comble des abominations. Monsieur, cette dernière-ci m'emporte, et je ne puis m'empêcher de parler. Faites-moi tout ce qu'il vous plaira, battez-moi, assommez-moi de coups, tuezmoi si vous voulez ; il faut que je décharge mon cœur, et qu'en valet fidèle, je vous dise ce que je dois. Sachez , monsieur , que tant va la cruche à l'eau , qu'enfin elle se brise; et , comme dit fort bien cet auteur que je ne connois pas, l'homme est, en ce monde, ainsi que l'oiseau sur la branche; la ,^ branche est attachée à l'arbre; qui s'attache à l'arbre suit de bons préceptes ; les bons préceptes valent mieux que les belles paroles, les belles paroles se trouvent à la cour, à la cour sont les courtisans, les courtisans suivent la mode , la mode vient de la fantaisie, la fentaisie est une faculté de l'âme , l'âme est
a84 LE FESTIN DE PIERRE,
ce qui nous donne la vie, la vie finit par la mortl.. et.... songez à ce que vous deviendrez.
D. JUAN
Oh ! le beau r)»isorinement !
sgXnârelle.
Après cela , si vqus ne vous rendez, tant pis pour vous.