‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 273 sur 310 · ACTE IV, SCENE IIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IIL

Je vous trouve plaisant d'user d'un tel empire, Et de me dire au nez ce que vous m'osez dire.

ALCESTE

Non, non, san^ s'emporter, prenez un peu souci De me justifier les termes que voici.

Non , j e n'en veux rien faire ; et dans cette occu rrence , Tout ce que vous croirez m'est de peu d'importance.

^ ALCESTE

De grâce, montrez^moi , je serai satisfait, Qu'on peut pour une femme expliquer ce billet.

Non, il est pour Oronte; et je veux qu'on le croie. Je reçois tous ses soins avec beaucoup de joie; J'admire ce qu'il dit , j'estime ce qu'il est , Et je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaît. Faites, prenez parti, que rien ne vous arrête; Et ne me rompez pas davantage la tête.

Ciel ! rien de plus cruel peutJl être inventé ? Et jamais cœtir fut-il de la sorte traité ? Quoi! d'un juste courroux je suis ému contre elle. C'est moi qui me viens plaindre , et c'est moi qu'on querelle; Oii pousse ma douleur et mes soupçons à bout. On me laisse tout croire; on fait gloire de tout; Et cependant mon cœur est encore assez lâche Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache, Et pour ne pas s'armer d'uii généreux mépris ^Contre l'ingrat objet dont il est trop épris! . m., ' a8

454 LE mSANTHilOPÎÎ,

Ah! que vous savez bien ici , contre moi-même. Perfide, vous servir de ma foiblesse extrême, Et ménager pour vous l'excès prodigieux De ce fatal amour né de vos traîtres yeu^l Défendez-vous au moins d'un crime qui m'accable. Et cessez *d'affecter d'être etivers moi coupable. Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent; A tous prêter les mains ma tendresse consent , Efforcez-vous ici de parottre fidèle , Et je m'efforœrmi , moi ^ do vous croire teU<u

AUez, vous êtes fou dans vos transports jaloux,

Et ne mérite?. pas l'amour qu'on a pour voui»

Je voudrois bien savoir qui pourroit me contraindre

A descendre pour vqus slux bassesses de feindre ;

Et pourquoi, si. mon cœ^r penchait 4'autre côté^

Je ne le dirais pa^ av^c sincérité?

Quoi ! de mes sentime9s l'obligeante assurance,

Contre tous vos soupçons ne prend {>as ma défense?

Auprès d'un tçl garant ^ sont-ils de quelque poids?

N'est-ce pas m'outra|[çr que d'écouter leur voix?

Et puisque notre cœur fait un effort extrême ,

Lorsqu'il peut se réspudre à confesser qu'il aime;

Puisque l'honneur du sexç, ennemi de nos feux,

S'oppose fortement, à de pareils aveux ;

L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstaclo»

Doit-il impunément douter de cet oracle?

Et n'est-il pas coupable, en ne s'assurant pas

A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats ?

Allez, de tels soupçons méritent ma colère^

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