ACTE V, SCENE IL
LA PRIITGSSSE.
Oui, seigneur, sans doute; et, s'il obtient ce qu^il demande, vous me verrez expirer à vos yeux.
IPHITAS. ,
Va, va, ma fiile , avoue franchement la chose. Le mérite de ce prince t'a fait ouvrir les yeux, et tuTaimes enfin, quoi que tu puisses dire.
' LA PRinCESSE.
Moi, seigneur?
IPHITAS.
Oui, tu l'aimes.
Je l'aime, dites-vous, et vous m'imputez cette lâcheté? G ciel , quelle est mon infortune ! Puis-je bien, sans mourir, entendre ces paroles? et faut-il que je sois si mallieureuse, qu'on me soupçonne de l'aimer? Ah! si c'étoit un autre que vous, seigneur, qui me tînt ce discours, je ne sais pas ce que je ne ferois point.
IPHITAS.
Eh bien ! oui , tu ne l'aimes pas. Tu le bais , j'y consens , et je veux bien , pour te contenter, qu'il n'épouse pas la princesse Agiante.
Ah , seigneur ! vous me donnez la vie.
IPHITAS.
Mais, afin d'empêcher qu'il ne puisse être jamais à elle , il faut que tu le prennes pour toi.
Vous vous moquez, seigneur, et ce n'est p^s ce qu'il demande.
BURIALE.
Pardonnez-moi , madame , je suis assez téméraire pour cela , et je prends à témoin le prince votre père , si ce n'est pas vous que j'ai demandée. C'est trop vous tenir dans Terreur, il faut lever le masque , et, dussiez-vous vous en prévaloir contre moi , découvrir à vos yeux les véritables sentimens de mon cœur. Je n'ai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous , madame , qui m'avez enlevé cette qualité d'insensible que j'avois toujours afFectée ; et tout ce que j'ai pu vous dire n'a été qu'une feinte qu'un mouvement secret m^a inspirée, et que je n'ai suivie qu'avec toutes les violences imaginables. Il falloit qu'elle cessât* bientôt , sans doute , et je m'étonne seulement qu'elle ait pu durer la moitié d'un jour; car enfin, je mourois, je brûlois dans l'âme , quand je vous déguisois mes sentimens, et jamais cœur n^a souffert une contrainte égale à la mienne. Que si cette feinte; madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger ; vous n'avez qu'à parler, et ma main, sur-le-champ, fera gloire d'exécuter l'arrêt que vous prononcerez.
Non , non , prince , je ne vous sais pas mauvais gré de m'avoir abusée; et tout ce que vous m'avez dit, je l'aime biçn mieux une feinte, que non pas une vérité*
IPHITAS.
Si bien donc , ma fille , que tu veux bien accepter ce prince pour époux?