ENCHANTÉE
Flus on s'aYançoit vers le grand rond d'eau, qoi ^eprésen^-^ toit le lac sur lequel étoît autrefois bâti le palais d'Alcine y plus on s'approchoit de la fin des divertissemens de l'Ile Enchantée , comme s'il n'eût pas été juste que tant de braves cbeyaliers demeurassent plus long -temps dans ilne oisiveté qui eût fait tort à leur gloire.
On feignoit donc, suivant toujours le premier dessein, que le ciel ayant résolu de donner la liberté à ces guerriers , Alcine en eut des pressentimens qui la remplirent de ter^irenr et d'inquiétudes. Elle voulut apporter tous les remèdes possibles pour prévenir ce malheur, et fortifier en toutes manières un lieu qui pût renfermer tout son repos et sa joie.
On fit paroitre sur ce rond d'eau, dont l'étendue et la forme .sont extraordinaires , un rocher situé au milieu d'une tie couverte de divers animaux , comme s'ils eussent voulu en défendre l'entrée.
Deux autres îles plus longues , mais d'une moindre lar-^ geur , paroissoient aux deux côtés de la première ; et toutes trois , aussi-bien que les bords du rond d'eau, étoient si fort éclairées, que ces lumières faispient naître un nouveau jour dans l'obscurité de la nuit.
Leurs Majestés étant arrivées , n'eurent pas plus tôt pris lenrs places, que Tune des deux iles qui paroissoient aux côtés de la première , fut toute couverte de violons fort l>iea vét;us. L'autre , qui étoit opposée , le fut en même temps
io6 LES FÊTES DE VERSAILLES,
de trompettes et de timballiers ^ dont les habits n'étoient pas moins riches.
Mais ce qui surprit davantage, fut de voir sortir Alcine de derrière un rocher , portée par un monstre marin d'une 'grandeur prodigieuse.
Deux des nymphes de sa suite , sous les noms de Célie et de Dircé , parurent au même temps à sa suite ; et se mettant à ses côtés sur de grandes baleines y elles s'approchèrent du bord du rond d'eau; et Alcine commença des vers, auxquels ses compagnes répondirent^ et qui furent à la louange de la reine , mère du roi*