‹ Œuvres de Montesquieu (volume 2)Chapitre 10 sur 96 · INVOCATION AUX MUSES · texte numérisé non relu

INVOCATION AUX MUSES

cette douceur que je sentois autrefois , et qui fuit loiu de moi. Vous n'êtes jamais si divines que quand vous menez à la sagesse et à la vérité par le plaisir.

Mais, si vous ne voulez point adoucir la rigueur de mes travaux, cachez le travail même, faites qu'on soit instruit, et que je n'enseigne pas; que je réfléchisse, et que je paroisse sentir; et lorsque j'annoncerai des choses nouvelles, faites qu'on croie que je ne savois rien , et que vous m'avez tout dit.

Quand les eaux de votre fontaine sortent du rocher que vous aimez, elles ne montent point dans les airs pour retomber; elles coulent dans la prairie; elles font vos délices, parce quelles font les délices des bergers.

Muses charmantes , si vous portez sur moi un seul de vos regards , tout le monde lira mon ouvrage ; et ce qui ne sauroit être un amusement sera un plaisir.

Divines muses , je sens que vous m'inspirez, non pas ce qu'on chante à Tempe sur les chalumeaux, ou ce qu'on répète à Délos sur la lyre : vous voulez que je parle à la raison; elle est le plus parfait, le plus noble, et le plus exquis de nos sens.

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